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Juin 1940, drames et espoirs

La Campagne de France et la "Drôle de guerre"

Le 1er septembre 1939 les troupes allemandes entrent en Pologne. Alliées à cette dernière, la France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Allemagne deux jours plus tard. Cette déclaration est suivie d'une période de 9 mois baptisée "la drôle de guerre", du fait que personne ne s'attaque directement. Chacun reste à l'abri derrière sa ligne de fortification, Maginot côté français, Siegfried de l'autre côté du Rhin. Ce sont finalement les Allemands qui prennent l'initiative le 10 mai 1940 en attaquant la Belgique et la Hollande. Ils traversent les Ardennes jugées infranchissables et donc non protégées par la ligne Maginot. Ils passent la frontière française dès le 13 mai en perçant les lignes françaises à Sedan. Paris est occupé le 14 juin. Les troupes allemandes reçoivent alors l'ordre de prendre au plus vite les grands ports français sur l'Atlantique. Cette manœuvre doit leur permettre de couper leurs voies de retraite aux troupes du corps expéditionnaire britannique qui n'ont pas pu s'échapper à Dunkerque.

17 juin 1940, la tragédie du Lancastria

Saint-Nazaire, ville de 36 000 habitants qui était resté très loin des zones de combat de la première guerre mondiale, est alors en pleine effervescence. Quarante mille soldats anglais ainsi que des Polonais se pressent pour embarquer avant l'arrivée des Allemands. Le 17 juin 1940, le Lancastria, le plus gros des bâtiments britanniques en attente dans la rade, est coulé par un avion allemand. Plus de trois mille soldats sombrent avec lui… Le même jour le Maréchal Pétain demande l'armistice. Le lendemain, le Général de Gaulle à Londres lance son célèbre appel. Le 19 juin au matin le cuirassé Jean-Bart, en cours d'armement aux chantiers de la Loire, réussit l'exploit de quitter Saint-Nazaire. Il était temps, les avant-gardes allemandes arrivent le jour même à Nantes et trois jours plus tard à Saint-Nazaire.

La Base sous-marine de Saint-Nazaire

Après le passage éclair de l'armée de terre à Saint-Nazaire en juin 1940, c'est la marine allemande, la Kriegsmarine, qui s'installe très rapidement. Elle profite ainsi de l'excellente situation géographique du port orienté face à l'Atlantique, des capacités de réparation offertes par les chantiers navals et de la présence de la forme écluse Joubert. Cette énorme cale sèche, d'où était sorti le paquebot Normandie avant-guerre, leur donne la possibilité d'y faire réparer leurs plus gros cuirassés. Après l'armistice signé entre la France et l'Allemagne, l'Angleterre se retrouve seule à combattre face à l'Axe germano-italien.

Isoler la Grande-Bretagne

L'Allemagne, après avoir perdu une bataille aérienne acharnée qui dure jusqu'en octobre 1940, charge sa Kriegsmarine d'isoler l'île britannique. Les sous-marins allemands, les U-Boote, sont lancés en meute pour couler les cargos qui la ravitaillent. Saint-Nazaire fait partie des cinq ports français choisis par les Allemands sur le littoral atlantique pour devenir port d'attache des U-Boote.

Construction de la base sous-marine

Afin de mettre ces sous-marins à l'abri des bombardements en retour de mission, un gigantesque bunker va être construit en plein milieu du port : la base sous-marine. Sa construction commence en mars 1941, en juin 1942 les 14 alvéoles pouvant recevoir 20 sous-marins en même temps sont terminées. Cependant les travaux de construction annexes et surtout le renforcement permanent du toit continueront jusqu'en juin 1944 ! Ses dimensions sont impressionnantes : 299 mètres de long pour 124 mètres de large ; l'épaisseur du toit atteint, là où il est terminé, 8,75 mètres ! En totalité le bâtiment occupe une surface au sol d'environ 39 000 m² pour 480 000 m3 de béton coulé !

Deux flotilles de sous-marins du Type VII à Saint-Nazaire

Deux flottilles de sous-marins du type VII sont basées à Saint-Nazaire : la 7e flottille venant de Kiel dès janvier 1941 et la 6e de Danzig à partir de février 1942. De très nombreux commandants de U-Boot basés à Saint-Nazaire accumulent les succès ; surnommés "les as", ils sont reçus en grande pompe lors de leur retour de mission dans l'Atlantique : un comité d'accueil leur souhaite la bienvenue avec un orchestre tandis que des femmes montent sur le kiosque pour leur offrir un bouquet de fleurs. Après la cérémonie le sous-marin est conduit dans la base sous-marine pour être remis aux mains des ingénieurs et des ouvriers qui sont chargés de le remettre à neuf en l'espace d'environ deux mois. L'équipage du U-Boot monte dans un bus pour être conduit à La Baule. Dans les grands hôtels les hommes seront aussi remis à neuf : rasés, lavés et avec des uniformes clinquants ils vont pouvoir profiter des infrastructures de loisirs qu'offre la station : cinéma, cabarets, maisons closes… Compte tenu de leurs pertes très élevées qui se montent à 85% de l'effectif, les sous-mariniers ne manquent de rien s'ils ont la chance de rentrer de mission. Après l'entrée en guerre des Etats-Unis en décembre 1941, les sous-marins allemands en partance de Saint-Nazaire vont étendre leur terrain de chasse jusqu'aux côtes américaines !

 

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Le Mur de l'Atlantique et la Forteresse Saint-Nazaire

Les Allemands, qui ont envahi de très nombreux pays en Europe dans les premières années de la guerre, ont changé de stratégie depuis l'entrée en guerre des Etats-Unis en décembre 1941. Quand ce grand pays aux ressources considérables a rejoint l'Angleterre, les Allemands n'ont pas eu d'autre choix que de passer à la défensive : il s'agit maintenant de conserver les pays conquis. Pour se faire, l'état-major allemand charge l'Organisation Todt, organisme paramilitaire responsable de la construction des autoroutes en Allemagne avant-guerre, de réaliser un gigantesque chantier : une ligne de défense qui doit s'étendre de la frontière franco-espagnole jusqu'au Nord de la Norvège. Pour les besoins de la propagande, cette ligne de fortification est baptisée "Le Mur de l'Atlantique". Cette muraille de béton et d'acier qui va couvrir les côtes françaises, belges, hollandaises, danoises et norvégiennes doit empêcher toute tentative de débarquement de la part des Alliés.

Comment faire pour protéger ces 6 000 kilomètres de côtes ?

Evidemment, compte tenu de la gigantesque zone à défendre, les Allemands se retrouvent confrontés à un dilemme : comment faire pour protéger efficacement ces 6 000 kilomètres de côtes sachant que les Alliés pourront, lors de l'attaque, concentrer toutes leurs forces sur un seul point ? Partant du fait que les Alliés auront besoin d'au moins un grand port pour débarquer du matériel lourd, ils décident de fortifier en priorité tous les grands ports du littoral. Entre ces ports, les défenses seront moindres.

La constitution de la Festung Saint-Nazaire

Saint-Nazaire fait partie des forteresses devant être conservées à tout prix. Les Allemands organisent donc la défense de son port en construisant de la Vilaine à Pornic environ 1300 bunkers regroupés dans des points d'appui. Chaque point d'appui reçoit un numéro d'identification qui permet de le situer immédiatement sur une carte. De la Vilaine à Pornichet les points d'appui sont numérotés de Tu 1 à Tu 302, le code "Tu" faisant référence à La Turballe ; la forteresse Saint-Nazaire proprement dite regroupe les positions défensives allemandes dans un rayon de 10 km au nord et au sud de la ville : ses points d'appui sont numérotés de Nz 1 à Nz 428, le code "Nz" est rattaché à Saint-Nazaire ; du sud de St-Brévin à Pornic ils portent les numéros d'identification de Mi 1 à Mi 302 en référence à St-Michel-Chef-Chef. Ces points d'appui sont défendus principalement par la marine allemande, mais aussi par des troupes des armées de terre et de l'air. En fait la marine est chargée de la défense de la région face à une attaque maritime et aérienne. Les batteries de marine côtières disposent de canons à moyenne et longue portée pour tirer contre des bateaux en mer. D'autres batteries de la marine sont chargées, avec des canons anti-aériens, de lutter contre les attaques d'avions anglais et américains. L'armée de terre doit lutter contre un ennemi déjà débarqué à terre. Elle s'appuie sur deux sortes de points d'appui : ceux qui sont équipés de canons à moyenne portée et qui sont placés en retraits des côtes, ceux qui sont équipés de moyens de lutte contre l'infanterie (canon de petit calibre, mitrailleuse, lance-flammes, mortier…) et qui sont placés directement sur les plages ou sur la ligne de défense terrestre en arrière du port. L'armée de l'air, pour sa part, est chargée à l'aide de différents radars de la détection d'éventuels attaquants. Dans la mesure du possible les bunkers sont enterrés, camouflés sous des filets ou parfois déguisés en villas. Cependant les soldats qui y sont casernés ne sont pas des troupes d'élite ; ils sont souvent assez âgés et de plus parmi eux se trouvent de nombreux Russes, Géorgiens, Polonais, Tchèques… qui ont été enrôlés de force dans l'armée allemande. Ils n'ont pas eu beaucoup de munitions pour s'entraîner et ont été fatigués à édifier des obstacles anti-débarquement sur les plages

Mars 42 , le raid des commandos britanniques

A la fin de l'année 1941, les sous-marins allemands font des ravages sur les convois de bateaux qui ravitaillent l'Angleterre. La survie de cette île est fortement menacée. En plus du danger représenté par les U-Boote et les corsaires qui sillonnent les mers, les Britanniques apprennent que le cuirassé Tirpitz, fleuron de la Kriegsmarine, pourrait aussi venir chasser dans l'Atlantique. Ils n'ont qu'un moyen d'interdire cet espace au cuirassé allemand : détruire sa seule base de ravitaillement et de repli en cas d'avarie, l'énorme cale sèche du port de Saint-Nazaire. Ils décident donc de s'attaquer à cette cale appelée par les Nazairiens "forme écluse Joubert".

Dans ce but, Lord Louis Mounbatten, chef à Londres du Combined Operation Headquarters, présente le 26 février 1942 un projet très risqué appelé "Opération CHARIOT" : il propose de lancer contre la forme écluse un vieux destroyer bourré d'explosifs. En plus de cette action principale, des commandos doivent débarquer et faire sauter 24 objectifs sur le port : huit écluses, quatre ponts, six installations techniques et six positions d'artillerie. L'opération sera menée par 611 hommes : 345 officiers et marins de la Royal Navy sous les ordres du Commander R.E. Ryder, 257 commandos sous l'autorité du Lieutenant-colonel Charles Newman, une équipe médicale, trois officiers de liaison et 2 journalistes

 

 

 

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L'attaque et les combats

            La flottille d'attaque, composée de 18 vedettes et du destroyer HMS Campbeltown, quitte Falmouth le 26 mars 1942. Le 28 mars, peu après 1h du matin, les bâtiments anglais arrivent à l'entrée de la Loire. Les canons allemands ouvrent le feu sur la flottille mais n'empêchent pas le destroyer Campbeltown de percuter la porte de la forme écluse Joubert à 1h34 précise. Quatre-vingt commandos descendent du bateau pour aller placer leurs charges explosives, suivis par les équipes de quatre autres vedettes…  Les combats font rage sur le port, à 3h du matin les commandos survivants font une sortie de la vieille ville par le pont levant, sous le feu des Allemands. Seuls cinq d'entre eux réussiront à échapper aux patrouilles qui vont suivre. Une lutte acharnée se joue aussi en mer, seules trois vedettes pourront regagner l'Angleterre.

 

La neutralisation de la "forme écluse Joubert"

            Au petit matin les Allemands viennent inspecter ce curieux destroyer encastré dans la porte de l'écluse. A 11h35, à la surprise totale des Allemands, il vole en éclat dans une gigantesque explosion ! Il pulvérise tout autour de lui et surtout rend la forme écluse inutilisable pour des années. L'objectif principal du raid est rempli, cependant il aura coûté très cher aux Britanniques qui déplorent 169 tués et 200 prisonniers. Les corps des commandos et marins britanniques tués pendant l'opération sont inhumés au cimetière d'Escoublac avec les honneurs militaires allemands qui reconnaissent ainsi le courage de ce haut fait d'arme. Même si tous les objectifs du raid n'ont pas été atteints, l'opération est un succès. Bientôt connue dans l'Europe entière, c'est une première lueur d'espoir qui montre que les Allemands n'ont pas encore gagné la guerre.

 

Cinquante bombardements sur Saint-Nazaire ! Le premier bombardement et la fréquence des suivants

            Sir Winston Churchill a déclaré que durant toute la seconde guerre mondiale sa plus grande peur avait été le danger représenté par les sous-marins allemands. Les Alliés vont donc bombarder intensivement la base sous-marine de Saint-Nazaire, puis la ville quand ils s'aperçoivent que la base est quasiment indestructible.

Les bombardiers britanniques effectuent avec 5 appareils leur premier bombardement significatif sur le port de Saint-Nazaire dans la nuit du 10 au 11 mars 1941, alors que les travaux de construction de la base sous-marine commencent à peine. Ils viennent bombarder le port environ une fois par mois pendant cette année, ce qui est insuffisant pour empêcher les Allemands d'inaugurer les trois premières alvéoles de la base le 30 juin 1941.

Robustesse de la Base sous-marine

            Les sous-marins sont protégés par un toit en béton armé de 3,5 mètres d'épaisseur, ce qui les met à l'abri des bombes anglaises du moment. Pourtant les Britanniques ont enfin les moyens de venir en force. Ils se sont remis de la bataille d'Angleterre terminée en octobre 1940 et surtout une grande partie des redoutables chasseurs allemands stationnés en Bretagne vient de partir sur le front de l'Est pour renforcer l'attaque allemande contre l'URSS qui a commencé le 22 juin 1941. Mais il est trop tard pour percer le toit de la base. Ce dernier sera constamment renforcé au cours de la guerre pour contrer les progrès techniques alliés en matière de bombardement.

Bombardement du centre ville

            Le centre ville de Saint-Nazaire est touché pour la première fois dans la nuit du 15 au 16 février 1942, la vie devient vite intenable pour les habitants qui comptent déjà 80 morts entre janvier et avril 1942. Le 9 novembre 1942 marque le début des bombardements américains en plein jour, avec des bombardiers lourds B17 et B24 qui larguent leur cargaison à haute altitude selon le principe du "tapis de bombes". Ce seul bombardement cause la mort de 186 personnes dont 134 jeunes apprentis des chantiers. Début 1943 les autorités civiles publient un  plan d'évacuation de la ville. Dans la nuit du 28 février au 1er mars 1943 cette fois-ci ce ne sont plus les Américains mais 409 bombardiers anglais qui viennent pour raser la ville : ils larguent en effet des milliers de petites bombes incendiaires qui créent près de 600 foyers d'incendie. La population civile évacue la ville dans la première quinzaine de mars. Trois autres bombardements incendiaires britanniques vont suivre jusqu'à début avril, avec l'utilisation de bombes à retardement pour gêner les secours. Les pompiers n'ont même plus d'eau… La ville n'est plus qu'un immense champ de ruines, vide d'habitants, au milieu duquel se dresse, intacte, la silhouette massive de la base sous-marine.

 

 

Le Débarquement en Normandie

 

           Les Soviétiques qui subissent de très lourdes pertes sur le front de l'Est demandent avec insistance aux Alliés l'ouverture d'un second front à l'Ouest. Le Général Dwight D. Eisenhower, commandant en chef des forces alliées, a fixé le lieu et la date du débarquement en France : il devra avoir lieu sur les plages de Normandie dans les premiers jours du mois de juin 1944, nom de code : OVERLORD. Pour préparer ce débarquement, les Alliés rassemblent, puis entraînent, plus de trois millions d'hommes dans le sud de l'Angleterre : 1,7 million d'Anglais, 1,5 million d'Américains, 200 000 Canadiens, Australiens et Néo-Zélandais ainsi que 70 000 soldats d'autres pays ! L'armada constituée par les Alliés est à la hauteur de l'enjeu : au niveau maritime 5 000 navires de Guerre et 1 600 navires marchands sont réunis. Pour empêcher les sous-marins allemands d'intervenir à partir de leurs bases sur l'Atlantique, les bateaux de la Royal Navy infestent de milliers de mines les chemins d'accès à la Manche… La suprématie aérienne des Alliés est aussi totalement écrasante. Ils vont pouvoir mettre en action 16 000 appareils dont 3 500 planeurs pour le jour "J". Si les moyens pour l'acheminement et la protection des troupes alliées jusqu'en Normandie sont réunis, se pose le problème crucial du manque de port. Comment faire pour débarquer des centaines de tonnes de matériel lourd ainsi que l'approvisionnement des dizaines de milliers de soldats descendus à terre ? En effet, si un débarquement semble avoir de bonnes chances de réussite sur les plages de Normandie, il est exclu pour les Alliés de prendre également un ou plusieurs grands ports français. Les Alliés ont trouvé la parade : ils n'auront pas besoin d'attaquer ces ports de front, ils vont en construire eux-mêmes ! Dans le plus grand secret, ils mettent au point en Angleterre des ports artificiels en morceaux préfabriqués, c'est l'opération "MULBERRY". Des dizaines d'énormes caissons de béton surnommés "Phoenix" seront remorqués à travers la Manche puis immergés selon un schéma précis pour former deux ports devant les plages normandes. Au soir du 6 juin, 156 000 soldats alliés ont été débarqués avec 20 000 véhicules de toutes sortes. Le Mur de l'Atlantique n'a pas fait échec au Débarquement. OVERLORD, la plus grande opération de débarquement de tous les temps, est une réussite. Elle aura coûté aux Alliés environ 10 000 hommes tués, blessés ou disparus.

 

 

 

La Percée d'Avranches et la Libération de la Bretagne

 

           La bataille de Normandie est très dure pour les deux camps. Les troupes américaines mettent deux mois pour arriver des plages jusqu'à Avranches ! Elles y percent le front allemand et commencent ainsi à libérer la Bretagne le 1er août 1944. Près de 100 000 soldats allemands qui ne peuvent plus contenir l'avance foudroyante des blindés américains en Bretagne se réfugient vers les forteresses constituées autour des ports de St-Malo, Brest, Lorient et Saint-Nazaire. Pourquoi ? D'abord parce qu'ils veulent à tout prix conserver les bases sous-marine qu'ils ont mis très longtemps à construire, ensuite parce qu'ils espèrent que le dernier des deux ports artificiels construits par les Alliés va finir par se détruire. Celui qui a été construit devant Omaha a en effet été disloqué lors d'une tempête entre le 19 et le 21 juin… Ils se disent que si le deuxième port artificiel est brisé lui aussi et qu'ils ont réussi à conserver leurs ports, ils pourront ainsi contre-attaquer face à des Alliés privés d'approvisionnement. Si l'intérieur de la Bretagne avec les villes de Rennes et de Nantes est vite libéré, les sièges commencent donc autour des quatre ports toujours occupés.

 

 

 

Origines de la Poche de Saint-Nazaire

 

           Les Américains, après avoir pris St-Malo, veulent s'assurer de la possession d'au moins un grand port en Bretagne. Ils mettent en œuvre des moyens matériels considérables pour la prise de Brest. Malgré cela la forteresse de Brest n'est libérée que le 19 septembre 1944, après de très durs combats. Dix mille soldats américains y sont mis hors de combat, autant qu'avait coûté le Débarquement à l'ensemble des Alliés. Son port détruit est inutilisable. Dans le même temps les forces britanniques et canadiennes ont progressé vers le nord de la France. Elles ont récupéré des ports comme Le Havre, Dieppe puis Boulogne qui sont beaucoup plus proches de l'Angleterre. L'attaque des villes de Lorient et Saint-Nazaire, transformées par les Allemands en véritables forteresses et dont les ports sont minés, ne présente plus d'intérêt stratégique. Les Américains ont en fait décidé, dès le 7 septembre 1944, d'abandonner les plans d'attaque et d'utilisation de ces deux ports.

 

 

 

La Poche de Saint-Nazaire se referme sur 130 000 civils piégés

 

           Début août 1944, les Allemands qui sont désorganisés par la rapidité de la percée d'Avranches se replient en masse vers Saint-Nazaire pour livrer un dernier combat. Ils sont les premiers surpris de ne pas être attaqués par les forces de libération américaines. Tous ceux qui s'étaient regroupés à l'abri derrière la ligne de fortification autour du port sont renvoyés plus en avant pour établir une très large ligne de défense. Les troupes allemandes utilisent au Nord et au Nord-Est les obstacles naturels offerts par la Vilaine et le canal de Nantes à Brest où les ponts sont démolis. Le 15 août 1944, les routes d'accès à la région par l'Est sont minées tandis que les explosifs mis en place sur le pont de La Roche-Bernard explosent, touchés par un éclair ! La population civile d'un tiers du département se retrouve "empochée" dans une enclave d'environ 1500 km². La poche de Saint-Nazaire est née, 130 000 civils français sont pris au piège par 28 000 soldats allemands. Les chars américains, après avoir libéré Nantes le 12 août, partent vers Chartres puis Paris. Le 17 août, le Général Huenten qui commande ce que les Allemands appellent la "Forteresse St-Nazaire" reçoit l'ordre de tenir jusqu'au dernier homme.

 

 

 

Les F.F.I. prennent position autour de la Poche

 

Les volontaires de la Loire-inférieure, les premiers en place

 

           Le général de division Marie Koenig a pris le 1er juin 1944 la tête de toutes les Forces Françaises de l’Intérieur. Celles de Bretagne sont commandés par le colonel Eon, chef de la mission « Aloès » qui est l’organe de liaison français avec les forces américaines. Le colonel Eon nomme le lieutenant-colonel Jacques Chombard de Lauwe, alias Félix, Commandant Militaire Départemental des F.F.I. de Loire-Inférieure le 4 août 1944. Ce dernier, qui établit son PC à Châteaubriant, est chargé de commander les unités qui vont être mises sur pied dans le département. Une partie des membres des bataillons de Loire-Inférieure provient du maquis de Saffré, démantelé le 28 juin 1944.

 

Les volontaires du département sont les premiers à se porter sur le front de la Poche. Ils sont surnommés « Les va-nu-pieds superbes ». Six bataillons sont formés et vont prendre place dans le secteur nord de la Loire...

 

 

 

...Le 5e Bataillon F.F.I. de Loire-Inférieure

 

Le capitaine Alain Grangeat, ingénieur et officier de réserve, a mis sur pied depuis juillet un état-major à La Morhonnière pour la formation du 5e Bataillon F.F.I. Il est secondé par le capitaine Victor Gonin, alias Gavroche, spécialement chargé du recrutement. Ce dernier lui apporte ses groupes de la Résistance et du maquis sud-Loire. La majorité des hommes du 5e Bataillon proviennent de la ville de Nantes. Le 12 août 1944 deux compagnies sont déjà constituées : la compagnie du capitaine Le Nué et la compagnie du capitaine Maisonneuve. Le bataillon se regroupe dans le secteur de Saint-Etienne-de-Montluc début septembre, où se trouvait déjà une partie de l’unité...

 

 

 

Manque d'effectifs pour une guerre de position qui s'installe

 

           Les volontaires des bataillons de la Loire-Inférieure ne sont pas assez nombreux pour tenir seuls l’ensemble du front de la Poche de Saint-Nazaire face aux importantes forces allemandes. Jusqu’à mi-septembre les 1er, 2e, 3e et 5e bataillons sont surtout organisés en points d’appui indépendants autour des principaux bourgs. Les principaux combats dus aux incursions allemandes ont donc lieu de mi-août à mi-septembre, avec pratiquement des pertes françaises tous les jours. A noter les importantes attaques allemandes vers Blain le 27 août 1944 et jusqu’au bourg de Plessé début septembre.

 

Ces bataillons vont avoir la lourde tâche de tenir le front le temps que des renforts d’autres départements arrivent ainsi que les troupes américaines de la 94th Infantry Division qui prendront place le 17 septembre 1944. Ce n’est qu’avec l’avancement des lignes le 2 octobre devant la RN 164 dans le secteur de Plessé que le front devient vraiment continu au nord de la Loire. Après cette date les fantassins vont construire des casemates et des lignes de défense plus solides. La guerre de position va commencer...

 

A cette liste de bataillons d’infanterie qui prennent place au nord de la Loire s’ajoute le 1er Groupement Mobile de Reconnaissance (1er G.M.R.) commandé par le lieutenant Guy Besnier, ingénieur et officier de réserve. Cette unité, constituée à partir de volontaires de Châteaubriant récupère des automitrailleuses Panhard à Nantes et divers moyens de locomotion. Elle est la première unité présente au sud de la Loire face aux Allemands à la fin du mois d’août 1944. Dans ce secteur il faudra attendre l’arrivée de renforts du 1er Groupement Mobile F.F.I. et l’appui des bataillons Vendéens pour qu’une première ligne de front soit mise en place fin septembre, ligne avancée et consolidée le 10 décembre 1944.

 

 

 

Les F.F.I. du Morbihan défendent la rive droite de la Vilaine

 

           Le 12 août 1944, le capitaine de frégate Paul Chenailler, alias Morice, est nommé Commandant Militaire Départemental (C.M.D.) des F.F.I. du Morbihan en remplacement du commandant Bourgoin, chef du 2e R.C.P.

 

Deuxième quinzaine d’août 1944, profitant de la faible organisation française du côté droit de la Vilaine, les Allemands font des incursions en territoire libéré. Des attaques ont lieu sur le secteur des marais de Rieux au sud de Redon entre le 15 et le 23. Toujours le 23 août, une patrouille allemande d’une douzaine d’hommes traverse de nuit la Vilaine près de l’estuaire et se dirige jusqu’au plateau de Penn-Lann au sud de Billiers afin d’y récupérer des munitions. Après des combats au matin avec la 3e compagnie Lhermier du 1er Bataillon F.F.I. du Morbihan qui a deux tués, la patrouille allemande retraverse la Vilaine sans rien remporter.

 

Le 27 août 1944, le commandant Caro, alias Lecoeur, est mis à la tête du secteur Vilaine par le lieutenant-colonel Morice. Il devra avec ses troupes empêcher les incursions allemandes du côté droit de la Vilaine. Son secteur défensif s’étend de l’embouchure de la Vilaine jusqu’à Redon...

 

 

 

Les Allemands vont encore faire des incursions dans le secteur de Rieux jusqu’au 30 août 1944, se trouvant de plus en plus confrontés à des soldats du 8e Bataillon du commandant Caro. Il n’y aura plus d’attaque dans ce secteur pendant longtemps, il restera néanmoins pilonné la nuit par l’artillerie allemande. Un groupe de la compagnie Scordia du 8e Bataillon va même faire une incursion dans la Poche côté allemand le 4 septembre.

 

Les forces allemandes déclenchent le 14 septembre 1944 une attaque de grande envergure sur le front de la Vilaine. Deux groupes de combat totalisant environ 300 hommes traversent la Vilaine. Ils débarquent à 17h45 au Moustoir en face de Tréhiguier. Leur débarquement est soutenu par un barrage d’artillerie qui pilonne notamment les villages de Billiers et de Muzillac. Le groupe de F.F.I. de la 1ère compagnie du capitaine Georges Gougaud du 1er Bataillon F.F.I. du Morbihan qui tient ce secteur va perdre six soldats pendant l’attaque. Des soldats français sont envoyés de Vannes en renfort ainsi que des Américains en jeeps et auto-mitrailleuses. Les détachements allemands ne progressent que de 4 à 5 kilomètres vers Muzillac qui est évacué de ses habitants par précaution. Les Allemands incendient deux fermes et se retirent en fin de soirée. Personne ne connaîtra la raison de cette attaque ni le nombre exact des pertes allemandes.

 

Pour éviter qu’une attaque si importante ne se reproduise, de nouvelles troupes sont affectées au secteur de la Vilaine...

 

 

 

La constitution de l'état-major français à Nantes

 

           Dans la nuit du 7 au 8 septembre 1944 la mission « Shinoile » en provenance d’Angleterre est parachutée dans la Vienne sur le terrain « Pommard ». Elle est dirigée par le commandant Alain Willk, alias Temporal ou Villecourt, secondé par le commandant Maurice Barthelemy, alias Frontal. Cette mission est assistée du groupe Jedburgh du capitaine Philippe Ragueneau, du Captain américainPaul Cyr et du radio Christian Lejeune.

 

Le premier objectif de ces hommes formés en Angleterre est la mise sur pied d’une solide force française au sud de la Loire. Grâce à leur action le 14 septembre est créé le « 1er Groupement Mobile F.F.I. », sous le commandement du lieutenant-colonel Claude. Ce groupement vient prendre place face aux Allemands dans le Pays-de-Retz. Les soldats des quatre bataillons Patriarche, Ricour, Dominique et Rochecouste qui le composent sont respectivement issus des départements de Haute-Vienne, Vienne, Indre-et-Loire et Maine-et-Loire.

 

La mission « Shinoile » rejoint ensuite le 8 octobre 1944 le délégué départemental F.F.I. Chombard de Lauwe, alias Félix, à Nantes. Le général de Gaulle l’a nommé le 7 octobre colonel et commandant de l’ensemble des opérations dans la zone nord de la Loire. La mission « Shinoile » va l’aider à mettre sur pied l’état-major de commandement des forces françaises sur la Poche de Saint-Nazaire et à prendre contact avec l’état-major américain. Son chef, Alain Willk, s’exprime sur les difficultés rencontrées pour instaurer le commandement :

 

« La situation en France était alors assez confuse et il avait été convenu à Londres que la mission « Shinoile » choisirait elle-même ses propres objectifs en se portant là où sa présence se révélerait particulièrement nécessaire. Constatant que certains maquis locaux disposaient d'un armement léger, la mission Shinoile constitua dans la région de son atterrissage, un groupement F.F.I. de 800 hommes environ composé de deux bataillons comprenant chacun trois compagnies. Il fut appelé « 1er groupement mobile F.F.I. ».

 

D'informations reçues de Nantes il résultait, au même moment, que les Allemands occupaient, avec des effectifs importants, la zone de Saint-Nazaire autour de la base navale qu'ils y avaient installée, et qu'ils n'avaient devant eux aucune troupe organisée. Mouvement fut fait vers cette zone et le groupement s'établit sur la ligne Pornic-Paimboeuf. Malgré son manque d'expérience de la guerre et obtenant de Londres des envois d'armes significatifs, il sut, conformément à sa mission, maintenir les troupes allemandes de la Poche de Saint-Nazaire.

 

La mission Shinoile reçut de Londres le renfort de plusieurs dizaines de parachutistes et constitua de fait l'état-major de l'ensemble des forces françaises combattant devant la Poche de Saint-Nazaire au nord et au sud de la Loire et comprenant 10 000 hommes environ. Frontal et Ragueneau furent les artisans principaux de ce dispositif.

 

Cependant, des problèmes politiques vinrent, après un certain temps, empiéter sur la mission purement militaire du groupement. Le délégué départemental F.F.I. de la Loire-Inférieure fut même enlevé par des unités « concurrentes » avec lesquelles il fallut négocier sa libération. Dans ces conditions, je décide, en octobre 1944, de me rendre à Paris pour demander dans ma zone l'intervention de l'armée régulière.

 

C'est ainsi que le général de Larminat fut nommé commandant des Forces Françaises de l'Ouest. Les troupes établies devant Saint-Nazaire furent placées sous l'autorité du colonel Chomel auquel je remis mon commandement. »

 

Le général Edgard de Larminat évoque ce qu'il appelle les « intrigues F.F.I. » en Loire-Inférieure :

 

« Ceux-ci, de Loire-Inférieure, devant Nantes, de Poitou et de Vendée dans la pointe de Pornic au sud de la Loire, étaient de très bonne volonté et très convenables. Leurs chefs se chipotaient politiquement; le vrai, Chombart de Lauwe, était royaliste; l'autre, qui prétendait se mêler des affaires à titre de « chef de région », était communiste. C'était un Suisse allemand, cinéaste de métier, colonel F.T.P. Il se faisait appeler Michelin.

 

Il me suffit, à ma première prise de contact, de le convaincre en quelques mots de ce qu'il devait aller éprouver à la 1ère armée ses jeunes galons - il avait vingt-cinq ans et était très beau - pour que je n'en entendisse plus parler. Je ne crois pas qu'il ait fait une carrière militaire prolongée. Il y avait un troisième chef, Claude, qui commandait les Poitevins et Vendéens, et ne dépendait pas des deux autres. Il était d'ailleurs fort bien.

 

Là-dessus m'arrivèrent le colonel Chomel et sa brigade Charles Martel composée d'éléments de métier issus de l'armée de l'Armistice, venant de prendre part à la réduction de la brigade Elster, ce qui régla la question du front de Saint-Nazaire. »

 

Le colonel Michelin s’est même rendu de sa propre initiative au PC américain de la 94th Infantry Division le 6 octobre 1944. Il déclare alors au Major-General Malony qu’il a pris le contrôle des F.F.I. devant Saint-Nazaire. Le chef de la IVe région doit intervenir pour rétablir l’autorité du colonel Félix. Les Américains sont totalement rassurés lors de l’arrivée du colonel Raymond Chomel le 26 octobre.

 

 

 

Les Forces Françaises de l’Ouest (F.F.O.) face aux Poches de l’Atlantique

 

           Le 14 octobre 1944 le général Charles de Gaulle, président de Gouvernement Provisoire de la République Française (G.P.R.F.) crée un commandement dit des « Forces Françaises en opérations sur le front de l'Ouest » (F.F.O.) qu'il confie au général de corps d'armée Edgard de Larminat.

 

Cinq secteurs, dits « secteurs de bataille », héritant de l'organisation empirique F.F.I. se mettent sur pied face aux différentes Poches allemandes de l’Atlantique : Poche de Lorient, Poche de Saint-Nazaire, Poche de La Rochelle, Poche de Royan et de la Pointe de Grave. Ici n'est pas prise en compte la Poche de Dunkerque.

 

 

 

Le 23 octobre 1944 les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’U.R.S.S. reconnaissent enfin le gouvernement du général de Gaulle comme légal. Le 27 octobre le général de corps d'armée de Larminat installe son Q.G. à Cognac et un Q.G. secondaire à Angers où il place le colonel Marchand qui devra pour les deux secteurs situés au nord de la Loire (F.F.M.B. et F.F.L.I.) assurer la coordination avec les troupes américaines. Il installe aussi un détachement de liaison à Paris pour les contacts avec SHAEF, EMGDN, EMG Guerre, EMG Marine, EMG Air.

 

 

 

Un nouveau changement d’organisation intervient le 21 décembre 1944. Le général de Gaulle donne son accord pour la division du front de l'Atlantique en deux zones :

 

- une zone nord (F.F.M.B. et F.F.L.I.), sous le commandement du général américain commandant la 94th Infantry Division relevant de l'autorité du 12th US Army Group.

 

- une zone sud (F.F.A.U., F.F.R.Y. et F.F.G.R.), sous le commandement du général français commandant les F.F.O., sous l'autorité du 6th US Army Group.

 

 

 

Le général de Larminat conserve dans notre secteur l'emploi tactique des forces et le commandement au niveau de l'organisation, mais la responsabilité des opérations incombe toujours aux Américains. C'est important, car aucune attaque d'envergure ne pourra être faite sans leur accord.

 

 

 

L'arrivée de l'armée régulière avec la brigade Charles Martel

 

           A partir du 11 novembre 1944 la Brigade Charles Martel venue de l'Indre rejoint le secteur pour venir renforcer les différents bataillons F.F.I. en position. Elle est commandée par le colonel Ghislain (son ancien commandant le colonel Chomel a été mis à la tête des F.F.L.I.) et composée du 32e R.I. (2 bataillons), du 27e R.I. (2 bataillons), du 17e Bataillon de Chasseurs à Pied, du 8e régiment de cuirassiers (5 escadrons), d'un détachement du train et d'une compagnie de transmissions.

 

Au nord de la Loire les bataillons F.F.I de Loire-Inférieure en ligne depuis plusieurs mois vont être progressivement relevés par l’armée régulière. De nouveaux chefs de sous-secteurs sont désignés. Les deux bataillons du 27e R.I. prennent place dans le sous-secteur de Fégréac maintenant commandé par leur chef le lieutenant-colonel Fox, tandis que le lieutenant-colonel Roger Le Trotter prend la tête du sous-secteur de Plessé. Le secteur centre de Saint-Etienne-de-Montluc est confié aux deux bataillons d’infanterie du 32e R.I. et au 17e Bataillon de Chasseurs à pied. Il est désormais commandé par le chef du 32e R.I. le lieutenant-colonel René Costantini qui resterera avec son unité dans ce sous-secteur, sans cesse au contact de l’ennemi. Au sud de la Loire c’est le 8e Cuir du chef d’escadrons de Beaumont qui vient renforcer les positions françaises.

 

 

 

Les Allemands organisent la défense de la Festung Saint-Nazaire

 

Le commandement de la forteresse

 

           Le Generalmajor Hans Junck est nommé Festungskommandant St-Nazaire le 29 septembre 1944. Ses services sont basés à La Baule autour de la villa Aeraki, ancienne résidence d’un consul général de Belgique. Son officier breveté, le chef d’état-major (Ia), est l’Oberst Pinski et son chef de renseignement (Ic) le Hauptmann Schmuck. Son adjudant (IIa) est le Hauptmann Kerll, le Rittmeister Engelken s’occupe lui des questions de personnel (Ib).

 

Le Festungskommandant a autorité sur l'ensemble des forces allemandes de la Poche par l'intermédiaire de 6 commandants militaires...

 

 

 

Le Festungskommandant a aussi autorité sur les Kommandantur (Platzkommandant Oberstleutnant Oskar Rittmayer), les hôpitaux (Oberfeldartz Dr. Ocker), les deux compagnies de transmission (Major Mehner), quatre compagnies de pionniers (Hauptmann Sobotha) et la Feldgendarmerie.

 

Le Festungskommandant doit rendre compte à son supérieur hiérarchique l’Admiral Theodor Krancke, commandant supérieur de la Marine à l’Ouest. Lors de sa prise de commandement des forteresses de l’Atlantique le 25 octobre 1944 Krancke déclare par radio « Je prends à ce jour le commandement des camps retranchés et des îles anglo-normandes. Je m’efforcerai particulièrement d’accroître par tous les moyens la capacité de résistance des camps retranchés et de satisfaire équitablement et le plus largement possible leurs demandes de ravitaillement et les besoins de la troupe. »

 

 

 

Le moral des soldats allemands

 

           Les soldats de la Kriegsmarine basés dans les fortifications autour St- Nazaire sont à l’écoute de la radio depuis le 6 juin 1944 pour suivre les opérations de Normandie. Le 1er août ils apprennent la percée d’Avranches, puis ils suivent la foudroyante progression américaine en Bretagne… c’est la libération de Rennes puis le 4 août celle de Redon à seulement cinquante kilomètres.

 

Des véhicules de toutes sortes amènent des soldats allemands d’unités diverses en déroute, qui n’ont qu’un mot à la bouche « Panzer, Panzer ! ». Tous se préparent à subir l’attaque des chars américains. Ils savent bien que ce combat ne devrait pas durer longtemps. Ils n’ont pour faire face aux chars américains pas d’unités bien organisées, pas d’artillerie, ni de chars ou d’aviation. Un maximum de soldats est dirigé en urgence vers la route Nantes-Savenay d’où doivent déboucher les chars américains.

 

Le 7 août des Mosquitos viennent les bombarder et puis s’en vont. Les Allemands apprennent que la tête de pont de La Roche-Bernard est attaquée… et que les chars américains sont à Ancenis. Ces derniers libèrent Le Mans puis Nantes le 12 août. Le même jour ils sont à quelques kilomètres de Savenay et un avion lance des tracts pour inciter les Allemands à se rendre. Les vétérans déclarent que ces genres de tract sont en général lancés deux jours avant l’attaque…

 

Puis le 13 août, c’est la stupeur générale : la nouvelle arrive que les Américains se sont retirés à plusieurs kilomètres des limites de la Poche de Saint-Nazaire. Pourquoi, les Allemands ne le savent pas ! Ils décident alors de s’organiser plus activement.

 

Les équipages des flottilles de bâtiments désormais inutiles sont débarquées à terre, ainsi que les canons de ces navires. Les soldats creusent des fortifications, minent les accès à la Poche. Tous les soldats et une partie des ouvriers sont regroupés en groupes de combat commandés par des officiers énergiques et reçoivent une instruction de combattant à terre. Chaque groupe de combat prend le nom de l'officier qui le commande. La masse disparate de soldats en retraite, au moral très bas au début du mois d’août, va vite être transformée en une force solide et bien armée.

 

 

 

Des parachutistes du canal de Nantes à Brest jusqu'à la Loire

 

           Les parachutistes allemands constituent les meilleurs combattants allemands dans la Poche. Ces hommes très bien entraînés sont soient des vétérans des campagnes de Crête et d’Afrique comme le montrent leurs bandes de bras, soient de très jeunes hommes qui étaient à l’instruction. Les jeunes proviennent du Fallsch.E.u.A.Rgt. 2, régiment d’instruction qui était basé à Nantes, les vétérans des 3. et 5. Fallschirm Jäger Division, de Josselin ou de Rennes.

 

Ces hommes sont placés aux endroits les plus dangereux, c’est à dire du canal de Nantes à Brest à Cordemais, là d’où pourrait déboucher une attaque américaine avec des moyens blindés. Des rampants de la Luftwaffe du Flieger-Rgt. 32 sont mis à la disposition de ces unités. Tous ces parachutistes sont commandés par l’ancien chef du Fallsch.E.u.A.Rgt. 2 l’Oberst Deffner qui a installé son PC à Besné.

 

L’Oberst Mewis installe le PC de son Kampfgruppe à La Chapelle-Launay où se trouvait le camp de repos des sous-mariniers de la vallée Mismy, l’Oberst Bartel s’installe un peu plus au nord à Campbon.

 

Mewis a autorité sur les Unter-Kampfgruppe Brodowski et Hellmund qui gardent respectivement les secteurs de Malville et de Cordemais. Ce sont ces hommes qui effectuent les gardes lors des passages de trains de réfugiés à la gare de Cordemais. Bartel a placé son Unter-Kampfgruppe Losgar derrière Bouvron et le Unter-Kampfgruppe Mann autour de Quilly...

 

 

 

Liaisons aériennes avec l'Allemagne

 

Pendant l'encerclement de la Poche de Saint-Nazaire, des liaisons régulières par avion ont lieu avec l'Allemagne avec les avions du Transportgruppe 30 de l’Oberstleutnant Heinz Klamke. Cette unité dispose d’avions de transport Heinkel He111H et de quelques Focke-Wulf Fw 200C. Ces avions transportent le courrier dans les deux sens et divers matériels notamment sanitaires. A la grande surprise des civils français qui ne sont plus reliés avec l’extérieur ! Des hommes circulent aussi avec l’Allemagne...

 

Les longues nuits d'hiver favorisent les vols ; quatorze sont effectués jusqu'en octobre 1944, huit en novembre et trois en décembre. Les avions décollent à la tombée de la nuit de leur terrain d’aviation d’Esslinghausen près de Francfort pour arriver à Escoublac dans la nuit. En 1945 les vols seront de plus en plus espacés...

 

 

 

Une base sous-marine en sommeil

 

Après la percée américaine d’Avranches, le Kapitän-zur-See Hans-Rudolf Rösing, chef à Angers du FdU West (commandement des U-Boote à l’Ouest) ordonne l’évacuation de la base sous-marine. La base, encerclée, n'a plus d'intérêt pour les U-Boote qui sont en plus systématiquement pris en chasse par les avions et les bâtiments de la Royal Navy. La 6. U-Flottille est dissoute tandis que la 7. U-Flottille est transférée en Norvège. L'activité des U-Boote cesse pratiquement. Début août 1944, juste avant la fermeture de la Poche, trois bus emmènent des sous-mariniers vers l’Allemagne. Ceux qui restent vont être engagés à terre. Le Korvetten-Kapitän Adolf Piening, qui avait coulé 26 navires comme commandant du U-155, passe de commandant de la 7. U-Flottille à celui de chef de la base sous-marine. Les départs vers l’Allemagne sont encore possibles jusqu’à fin août par le sud de la Loire. Le 10 août les femmes travaillant au K.M.W. partent, suivies deux jours plus tard par environ 400 ouvriers du K.M.W. qui prennent eux la direction de La Pallice. Le 22 août, 185 travailleurs plutôt âgés traversent la Loire à leur tour pour se diriger vers l’Allemagne en camions. Le 23 plusieurs bâtiments amènent des troupes à Paimboeuf, pour la plupart des navires c’est le dernier voyage en mer. Le Vizeadmiral Witold Rother, commandant des chantiers navals, accompagne leur départ par un « Hurrah » auquel répondent les équipages. Il reste sept U-Boote à Saint-Nazaire. Quatre quittent la base fin août 1944, les trois autres doivent attendre la fin des travaux de maintenance. Le 14 septembre le U-673 de l’Oberleutnant-zur-See Ernst-August Gerke part à son tour, il emporte beaucoup de courrier ainsi que le premier ingénieur de la 7. U-Flottille, le Kapitänleutnant Helmut Rohweder. Le U-267 de l’Oberleutnant-zur-See Bernhard Knieper est le suivant à quitter la Poche le 23 septembre 1944, il se dirige vers la Norvège. Il ne reste qu’un seul U-Boot basé à Saint-Nazaire, l’U-255 dont l’installation duschnorchel est retardée car l’arbre à came nécessaire est inexistant. L’opération est terminée le 9 octobre 1944, mais le U-Boot n’ayant pas encore de commandant reste au port. Le Vizeadmiral Rother se retrouve avec encore de nombreux ouvriers désormais inutiles. Les travaux d’entretien et de réparation des U-Boote et des dragueurs de mines deviennent rares. Une partie du personnel du chantier naval est donc aussi rattachée à des unités d’infanterie pour constituer des sections de défense. Les autres vont rester pour construire des armements de fortune et recevoir les rares U-Boote qui vont encore accoster pendant la Poche.

 

Le 1er septembre, le bâtiment Carpolena effectue son dernier voyage. Il est amené au milieu du canal et sabordé. Le port de Saint-Nazaire est maintenant verrouillé, non seulement par ce bateau mais aussi par un barrage de filets tendu entre le port et Saint-Brevin...

 

 

 

Le ravitaillement des troupes

 

Au moment de l’encerclement de la Poche, une première évaluation des vivres existants est faite par le Vizeadmiral Rother, responsable du Kriegsmarinewerft. Les vivres permettent de tenir 52 jours. Il existait des stocks élevés de conserves dans la base sous-marine. De plus des stocks énormes viennent d’être rapportés du dépôt de vivres de Redon. Les céréales sont ramassées et moulues.

 

Craignant que les ressources de l’arrondissement ne puissent suffire à leurs besoins, les Allemands ordonnent l’évacuation d’au moins 40 000 personnes hors de la Poche. Sont visés par cette mesure tous ceux qui ne participent pas à la vie économique du pays. Sont exclus de l’évacuation les agriculteurs, boulangers, bouchers, cordonniers…, les administrations publiques, services de police, sanitaire, défense passive ; sont particulièrement concernés par l’évacuation les réfugiés de Saint-Nazaire. Après une longue discussion avec le Festungskommandant, le sous-préfet Antoine Benedetti arrive temporairement à le faire revenir sur sa décision, en contrepartie l’état-major impose un programme de livraison agricole.

 

Un système de réquisitions agricoles est mis en place avec toutes les communes de la Poche. La production qui doit être fournie par les agriculteurs aux unités du ravitaillement allemand est très précise. Pour le Nord-Loire par exemple, en septembre 1944, c'est chaque semaine mille quintaux de blé, 180 bovins, 300 kg de viande de porc par canton, deux œufs par poule et une demie livre de beurre par vache. Si les livraisons décidées n'ont pas lieu, les Allemands menacent de tout réquisitionner. L'accord établit cependant que tant que ces livraisons sont respectées, toute réquisition arbitraire de la part des soldats est interdite.

 

Grâce à ces réquisitions, fin septembre 1944, il est constaté qu’avec un rationnement strict la forteresse peut-être approvisionnée en vivres pendant treize mois. Ce chiffre augmente encore par la suite, ce qui permet la cession de farine à la Poche de Lorient. En effet, constatant que le siège va durer, l’état-major a augmenté ses impositions agricoles pour constituer des réserves : le nombre de bovins passe de 180 à 240 puis 380 bêtes, 800 tonnes de blé sont prélevées en tout sur la récolte de 1944… toutes les espèces de choux sont réquisitionnées le 18 novembre 1944.

 

Le gigantesque frigo situé à côté de la base sous-marine est conservé en état, ce qui va permettre à la troupe d’être approvisionnée en viande durant tout le siège. De plus dans la base sous-marine une compagnie de boulangers de l’armée est installée. Ils peuvent cuire le pain en toute sécurité, puis le stocker au sec dans une alvéole inutilisée. Il existe aussi suffisamment de moulins pour moudre les céréales, le seul problème étant de leur fournir du courant.

 

 

 

Les ressources énergétiques

 

           La situation des combustibles au début de la Poche est la suivante : seulement 250 tonnes de charbon, car 1000 tonnes viennent d’être livrées à Brest. Mazout : 2500 tonnes, gazole : 1100 tonnes en dehors de celui qui se trouve encore dans les bâtiments de la Kriegsmarine. Après l’armement des sous-marins carénés et le remplissage de leurs réservoirs pour le départ, il ne reste fin septembre que 750 tonnes de gazole destinées à l’énergie électrique.Dans la base sous-marine deux centrales électriques avec chacune 4 moteurs de 1200 chevaux peuvent être utilisées comme sources d’énergie avec le gazole. Les nombreux petits groupes électrogènes des très nombreuses batteries de Flak ne peuvent être utilisés, ils sont de toute façon trop consommateurs de carburant.

 

Ces deux centrales peuvent fonctionner avec les stocks de gazole 2 mois tout au plus, c’est pourquoi une planification à long terme doit être mise en place...

 

Il faut alors trouver un moyen d’utiliser les réserves relativement importantes de mazout. Il est décidé de n’utiliser les centrales électriques de la base qu’en cas d’urgence. Une transformation de la chaudière de la centrale électrique française du port se révèle impossible. Le problème est très important, car la production de pain en dépend.

 

C’est à ce moment qu’arrivent de Brest au port de Saint-Nazaire 4 bâtiments chasseurs de sous-marins. Ces bateaux présentent l’avantage de pouvoir brûler du mazout dans des chaufferies convenables. C’est pourquoi une conduite de vapeur est construite, reliant la centrale électrique française vers les bâtiments chasseurs de sous-marins dans le port. Après un bref rodage, le fonctionnement répond à toute attente et ce système peut durer pendant tout l’encerclement...

 

Dans le même temps des mesures très strictes sont prises pour l’économie d’énergie. Pour la troupe il y a de l’éclairage deux jours par semaine et le dimanche à partir de novembre 1944, et un jour par semaine et le dimanche à partir de janvier 1945. Cette électricité est distribuée uniquement pour les troupes en repos. Evidemment il n’y a pas de courant pour les troupes se trouvant sur la ligne de front. Les stocks d’essence sont si faibles qu’ils sont uniquement réservés aux voitures de l’état-major du Festungskommandant. L’ensemble assez important du trafic de camions se fait avec des véhicules à gazogène. Un stock d’essence est conservé pour être utilisé en cas d’attaque sur la Poche.

 

 

 

Le renforcement de l'armement

 

           L’artillerie allemande sur le front de la Poche est jugée insuffisante. Il est décidé de rendre mobiles de très nombreux canons fixés sur les bateaux ou installés dans des blockhaus sur la côte. Pour cela, 800 ouvriers spécialisés de la base travaillent sur la construction de batteries mobiles sur wagon de chemin de fer, d’affûts pour des pièces jusqu’à 105 mm, et de fondations pour des pièces lourdes d’artillerie de côte. Deux cents affûts mobiles pour canons sont réalisés, de nombreuses pièces côtières jusqu’à un calibre de 170 mm sont tournées vers les terres en position fixe...

 

 

 

Plusieurs bateaux français sont réquisitionnés début septembre 1944 pour rapporter du matériel de l'île de Noirmoutier. Pendant plusieurs journées ces bateaux vont faire la navette entre Noirmoutier et le port de Pornic, rapportant matériel et munitions en grand nombre. Six canons Feldhaubitzen de 155 mm sont récupérés sur des batteries côtières de l’île et installés au sud de la Loire.

 

Un des canons de 240 mm sur voie-ferrée, anciennement situé à la batterie 4./MAA 280 de Batz-sur-Mer, est utilisé entre sa position de repli le tunnel de Pontchâteau et son aire de tir à Savenay. Des canons de 10,5 cm SKC/32 sont enlevés des batteries de Marine Flak de la forteresse et installés sur des wagons de chemin de fer dans le secteur de Bouvron. Cette batterie sur voie ferrée nommée « Bello » est commandée par le Kapitänleutnant Heinz Dölitzsch du Marine Flak Abteilung 705. Elle va notamment servir de protection anti-aérienne lors des déplacements du canon sur rail de 240 mm. Deux canons de 170 mm de la 3./MAA 280, batterie du fort de l’Eve, sont installés sur les hauteurs de Lesnais.Des installations spéciales sont mises en place...

 

 

 

La décision d'évacuer des civils

 

           Dès la fermeture de la Poche les Allemands sont désireux d’évacuer de la forteresse plusieurs dizaines de milliers de civils, qu’ils considèrent comme des bouches inutiles. Grâce aux talents de négociateur du sous-préfet ce ne sont que quelques milliers de volontaires qui quittent la Poche à pied du 5 au 10 septembre 1944. Avec le temps qui passe ce nombre paraît insuffisant aux Allemands. L’état-major se réunit pour discuter des modalités d’une évacuation de masse.

 

La discussion se tient dans la villa Aéraki à La Baule...

 

 

 

L’intendant présente la situation « Les gens qui vivent dans les campagnes se débrouillent, ils ont suffisamment de viande mais le pain sera épuisé fin janvier. Les 40 000 habitants des villes côtières et les réfugiés nazairiens doivent quant à eux être évacués d’une façon ou d’une autre. » S’adressant à l’Hauptmann Mueller, en contact avec l’administration française, il demande « Pensez-vous que les civils seraient volontaires pour évacuer si on le leur proposait ? »

 

Le Hautpmann Mueller répond « Certainement une grande partie de ceux qui ne sont pas autonomes, mais 40 000 ? Cela me paraît beaucoup. Et il se pose alors le problème du transport. A Dunkerque ils ont fait évacuer toute la population à pied, mais ici la forteresse est trop grande.»

 

Le médecin-chef de la forteresse prend la parole à son tour « Nous pouvons soigner ici dans nos hôpitaux de La Baule, de Pontchâteau et de Saint-Brevin les civils qui se présentent. Mais en cas d’attaque sur la forteresse, nous devrons réserver ces lieux pour nos troupes. Il serait donc bon d’évacuer ces civils. »

 

Le chef du renseignement est lui, contre une évacuation « les civils sont au contact de nos troupes. S’ils sont évacués, le deuxième bureau français va connaître toutes nos positions et nos effectifs. » (Il avait raison !). Pour le chef d’état-major l’opération paraît compliquée tant au niveau des transports que du lieu d’évacuation.

 

Le problème reste posé. Une population affamée représente un danger pour une troupe d’occupation. La séance est levée et remise à plus tard. C’est l’avis du Festungskommandant Junck qui va compter, et il est pour. Les évacuations recommenceront fin octobre, par trains cette fois-ci.

 

 

 

La 94th Infantery Division américaine prend part à l'encerclement

 

Les fantassins américains prennent leurs positions

 

           La division, commandée par le Major-General Harry J. Malony, arrive face à la Poche de Lorient le 9 septembre 1944, remplaçant la 6th Armored Division. Son secteur est étendu à la Poche de Saint-Nazaire le 15 par un ordre du Lieutenant-General William H. Simpson, chef de la IXth US Army. Le commandement de la Nantes Task Force, qui prend place face à Saint-Nazaire, est donné au Brigadier-General Henry B. Cheadle, Assistant Division Commander. La 94th I.D. va donc aussi se placer face à la Poche de Saint-Nazaire, en remplacement de la 83rd I.D. qui était restée assez loin du front. Cette division reprenait des forces après avoir mené la dure libération de Saint-Malo...

 

Le Colonel Harold H. McClune rapporte que le 331st Infantry Regiment de la 83rd Division est effectivement remplacée par la 376th I.R. de la 94th Division le 17 septembre 1944 à 9h du matin.

 

Le régiment subit ses premières pertes humaines le soir même à Blain, premier village situé hors de la Poche côté américain, dans la nuit du 17 septembre. Les Allemands du Kampfgruppe Brodowski lancent sur la voie ferrée en pente un wagon bourré de munitions, ce dernier doit exploser dans les lignes ennemies. Une première petite explosion fait sortir le wagon des rails juste avant Blain, il continue sa route et explose violemment dans la zone où la Company K était stationnée. Le Private John T. Miller est tué dans l'explosion et de nombreux soldats sont blessés.

 

Sur le front de la Poche de Saint-Nazaire la 94th I.D. tient un front d’environ 35 km. Les lignes s'étendent au sud entre le Temple de Bretagne, en passant par Fay-de-Bretagne et Blain, jusqu'au noeud routier de la forêt du Gavre au nord. A cause de l'étendue du secteur à protéger le 331st I.R. de la 83rd Division avait organisé les villages du Temple, de Fay-de-Bretagne et de Blain en centres de résistance...

 

 

 

Coopération avec l'armée française

 

           Les forces américaines essaient de travailler main dans la main avec les troupes F.F.I. malgré la barrière de la langue et le fait que les officiers français ne sont pas tellement habitués aux méthodes de l'armée américaine. C'est le 94th Reconnaissance Troop qui se charge des liaisons avec les F.F.I., et, grâce à l'aide du I&R Platoon du 302nd Infantry (commandé par le Captain Scott C. Ashton), du secteur situé entre les fronts de Lorient et Saint-Nazaire.

 

De nombreuses armes légères sont données aux troupes françaises, ce qui permet d'harmoniser l'armement des bataillons F.F.I. Grâce à la 94th I.D., sur le front de Lorient deux batteries d'artillerie sont formées, la batterie Leroy armée de quatre 105 mm allemands et la batterie Finistère armée de 155 mm Schneider. Sur le front de Saint-Nazaire deux batteries supplémentaires vont être formées par un cadre du 919th Field Artillery Battalion, le 1st Lieutenant John Holley. Elles seront armées de canons américains de 3-inch (76,2 mm), ce sont les Dog et Fox Batteries, constituées à partir de volontaires de différents battaillons F.F.I. de Loire-Inférieure...

 

 

 

Le 2 octobre 1944, le Colonel Earl C. Bergquist, chef d'état major de la division, tient une conférence à Châteaubriant avec les représentants des forces françaises qui contiennent les Poches de Lorient et de Saint-Nazaire. Cette conférence, la première de toute une série, permet d'améliorer les relations avec les Français et d'augmenter l’efficacité de la coopération. Lors de ces réunions sont discutés les méthodes d'opération, les stationnements des troupes ainsi que les problèmes d'approvisionnement...

 

 

 

La mise en place d’une forte artillerie

 

           Secteur nord : deux batteries américaines couvrent l’une le sous-secteur de Fégréac, l’autre le sous-secteur de Plessé. Une des deux batteries du sous-secteur de Plessé, de 4x76,2 mm, est servie par du personnel français, il s'agit de la Fox Battery, commandée par le lieutenant Doumerc. Elle dépend du 688th Field Artillery Battalion.

 

Secteur sud : les deux groupes d’artillerie appuient de leurs feux les bataillons français du Temple de Bretagne et de Saint-Etienne-de-Montluc :

 

Appui des quartiers autour du Temple, PC le chêne des Ferrières, Major Caviness :

 

- deux batteries de 4x105 mm (codées Baken et Able) du 919th F.A.B.

 

- une batterie de 4x112 mm (codée Able) du 199th F.A.B.

 

Appui des quartiers St-Thomas-Lavallais-La Bézardais, PC moulin de la Gargouillère, Captain Lyon :

 

- une batterie de 4x105 mm aux ordres du Captain Lyon (codée Charlie) du 919th F.A.B.

 

- une batterie de 4x76,2 mm (codée Dog), servie par du personnel français, sous les ordres du lieutenant Lasserre.

 

Les deux batteries servies par du personnel français ont été mises en place par le chef d'escadron Poupet, capitaine d'active. A la mi-octobre l'artillerie divisionnaire prend possession de nouvelles armes, des lance-roquettes multiples T-27 de 4,5 inch. Chaque T-27 est composé de 10 rangées de 8 lance-roquettes, déclenchés électriquement, montés sur camion de 2,5 tonnes...

 

 

 

Les civils français victimes des bombardements américains

 

           En effet les principales victimes des tirs d’artillerie américains vont être les villageois français qui habitent les communes limitrophes à l’intérieur de la Poche de Saint-Nazaire.

 

Les premiers obus tombent sur Guenrouët le 8 septembre 1944, c’est l‘église qui est visée. Tout comme les églises, les moulins sont des cibles de choix. A partir de fin septembre les bombardements sont quasi quotidiens sur les bourgs de Guenrouët, Bouvron et Malville et dans une moindre mesure Notre-Dame-de-Grâce et Quilly. La mairie de Guenrouët déménage le 10 octobre. Le clocher de Bouvron tombe le 18 novembre, à ce moment la ville de Guenrouët est à moitié détruite.

 

Les empochés ont vite appris à détester l’avion de reconnaissance américain qu’ils surnomment « le mouchard » et dont la présence annonce toujours une salve d’obus à venir. Les habitants des villages situés à l’intérieur de la Poche en limite du front doivent déménager plus à l’intérieur pour se mettre à l’abri. Pour les réfugiés nazairiens dont la ville a été rasée par l’aviation anglo-américaine causant 479 morts, c’est la deuxième évacuation. Les civils sont dégoûtés et ne comprennent pas du tout la raison de ces bombardements par les Américains des villages français, d’autant que les Allemands qui ont des abris ne semblent pas touchés. Ils se plaignent « Pauvres pochards que nous sommes » et pestent contre les artilleurs situés en face du canal de Nantes à Brest...

 

 

 

Près de vingt cinq mille obus vont tomber sur Guenrouët et trente mille sur Bouvron, causant la mort respectivement de 2 et 26 victimes parmi les civils. Les bombardements américains font aussi 13 morts à Malville et 5 à Notre-Dame-de-Grâce. Une inscription gravée à la main dans la pierre du clocher de l’église de Malville rappelle « en souvenir de la fin de l’ex-Poche de Saint-Nazaire et de ces sal… d’Américains qui n’ont pas arrêté de lancer des obus sur la pauvre commune de Malville du 8 octobre 1944 au 8 mai 1945 ». Sur les vitraux de la nouvelle église de Guenrouët, il est écrit « Ils ont tapé sur mon dos comme sur une enclume, 8 septembre 1944 – 8 mai 1945 ».

 

En plus des dégâts causés par les bombardements américains qui ont détruit le clocher de leur église et une partie de leur village, les Guérinois paient cher l’attente de la libération. Après avoir fait sauter leur pont début août, fin novembre les Allemands détruisent la Chapelle Saint-Clair en face du canal, pensant que les F.F.I. l’utilisent. Le 10 janvier 1945 le château de Carheil, où se succèdaient dans la cave des patrouilles des deux camps, est détruit par le feu. Il semblerait que des soldats français aient lancé des grenades incendiaires croyant être attaqués…

 

 

 

Alignement du front et patrouilles

 

           Le secteur confié à la 94th I.D. est très large, et son commandant le Major-General Malony, a reçu des ordres stricts : pour l'infanterie de ne pas entreprendre une grande action offensive et pour l’artillerie de rationner les munitions. Il décide de mettre l'accent sur les patrouilles combinées avec l'artillerie. Près de 634 missions de patrouille seront effectuées par le seul 376th I.R. entre septembre et décembre 1944.

 

La 94th I.D. passe sous le contrôle du 12th US Army Group, commandé par le Lieutenant-General Omar N. Bradley, à minuit le 8 octobre 1944. Le contact est maintenu avec le 12th US Army Group dirigé à Verdun, grâce au téléphone, à la radio et aux officiers de liaison.

 

Entre le 23 et le 28 octobre 1944 des accords sont convenus avec les Allemands afin d'évacuer des civils bloqués dans la Poche de Saint-Nazaire. Les horaires d'armistice sont le matin entre 7 et 9 heures et l'après-midi entre 15 et 19 heures. Les Allemands prennent dans les premiers jours l'habitude de déclencher un feu d'enfer juste après la fin des horaires d'armistice. Les Américains font très vite de même. La récupération de civils « ex-empochés » permet au service G-2 d'obtenir des renseignements importants...

 

 

 

Pour faire face à l'inactivité menaçante dans son secteur, le Major-General Malony fait auprès des autorités du 12th US Army Group plusieurs demandes pour réaliser des missions plus audacieuses. Ses requêtes sont refusées. Une seule attaque importante est concédée sur le front de Lorient durant la nuit du 7 au 8 décembre 1944.

 

La 94th I.D. reste en alerte dès qu'elle apprend le 16 décembre 1944 l'offensive des Ardennes de Von Rundstedt. Le moment du départ approche, elle apprend son remplacement par la 66th Infantry Division le 21 décembre 1944. Trois jours plus tard le Major-General Hermann F. Kramer, commandant la 66th I.D. arrive à Châteaubriant pour apprécier la situation.

 

A partir du 26 décembre les troupes de la 66th I.D. commencent à remplacer celles de la 94th mais la totalité des troupes ne sera présente qu'après son départ. Le contrôle des Poches de Lorient et Saint-Nazaire passe à la 66th I.D. le 31 décembre à 21h07. Lors de sa présence en Bretagne la 94th I.D. a perdu 100 hommes et déplore 618 blessés.

 

 

 

Un échange de prisonniers devant Pornic

 

           Depuis le début du mois de novembre, Andrew G. Hodges, Division Red Cross Field Director, porte assistance aux prisonniers alliés de la Poche. Les Allemands le laissent traverser les lignes de la Poche avec sa jeep surmontée d’un drapeau à croix rouge. Il peut ainsi ravitailler les prisonniers américains, anglais et français en livres, cigarettes et articles de toilette. Après sa quatrième journée derrière les lignes allemandes, Hodges fait remarquer à plusieurs officiers allemands qu'il n'aurait pas à faire tant de voyages si un échange de prisonniers pouvait être fait. Lors de sa visite du lendemain il est informé que le commandement allemand est d'accord. Côté américain, le Colonel Bergquist, chef d'état-major et le Major-General Malony, commandant de la division acceptent aussi la proposition.

 

Le premier échange, bien que les négociations aient eu lieu à Saint-Nazaire, se passe à Lorient le 17 novembre 1944. Il est convenu d'échanger 71 soldats de même rang et avec des conditions physiques équivalentes. Les volontaires allemands pour rejoindre leurs lignes sont choisis parmi 5000 prisonniers allemands gardés dans le camp de Rennes.

 

Le 22 novembre 1944, Hodges négocie un second échange de prisonniers pour la Poche de Saint-Nazaire. Hodges traverse les lignes à Chauvé sur sa jeep surmontée d'un drapeau à croix rouge. Il est pris en charge par un lieutenant allemand qui lui bande les yeux et conduit la jeep près de la côte. De là, tous les deux montent dans une vedette de la Kriegsmarine jusqu'à Saint-Nazaire...

 

 

 

Les civils français "empochés"

 

Des victimes civiles à la formation de la Poche

 

           Début août 1944 une partie des troupes allemandes qui arrive à se réfugier dans la Poche est démoralisée et sur le qui-vive. Certains ont été harcelés pendant leur retraite dans le Morbihan et la Loire-Inférieure par l’aviation américaine et les maquisards qui ont déclaré la mobilisation générale. Des civils français vont être leurs victimes.

 

Le 10 août, trois jeunes hommes en bicyclette, Fernand Vince, Fernand Agaisse de Saint-Joachim et André Guichard réfugié de Saint-Nazaire, se rendent vers Notre-Dame-de-Grâce. Ils s’y sont procuré de la farine, du pain et des œufs au cours des semaines passées. Ils sont arrêtés par une sentinelle au passage de Melneuf. Contrôle des papiers. Cette sentinelle interprète mal les papiers qu’ils portent et les emmène à la Kommandantur. Le Leutnant Fritz Eitz jette alors leurs papiers au feu et les fait sortir sous la garde de quatre soldats. Ils n’ont même pas été interrogés. Au passage devant le « café de la paix » près de l’église un soldat récupère trois pelles, il en fait porter une à Fernand Vince. Amenés dans la campagne, le jeune Fernand Agaisse réussit à s’échapper. Les deux autres sont obligés de creuser leur tombe puis ils sont sauvagement abattus. Coïncidence, le lendemain les quatre soldats qui ont participé à l’exécution sont tués avec cinq autres lors d’une patrouille de l’autre côté de l’écluse de Melneuf. Les Américains ont été renseignés par Léon Guillet, du Haut-Breil , sur leur présence. Seul le chef de patrouille le Leutnant Eitz en réchappe. Huit soldats sont ramenés à Notre-Dame-de-Grâce où ils sont enterrés après une cérémonie religieuse, le neuvième, cisaillé par les tirs, a été enterré sur place. Le Leutnant Eitz désertera dans les lignes américaines fin avril 1945 pour ne pas tomber dans les mains françaises. Il sera quand même retrouvé et jugé après la guerre. Des prisonniers allemands seront chargés de déterrer les corps mutilés des deux victimes qui seront ensuite transportés à Saint-Joachim après une cérémonie sur place...

 

 

 

La Croix-Rouge et les hôpitaux

 

           Avec la Poche, des équipes de volontaires bénévoles de la Croix-Rouge se constituent dans chaque commune. Ces équipes, constituées d'infirmières et de brancardiers, bénéficient en partie de laissez-passer. Elles peuvent ainsi circuler relativement librement à l'intérieur de la Poche pour venir en aide aux familles et surtout aux besoins des enfants. Les tâches des équipes de la Croix-Rouge sont multiples en ces temps où les empochés manquent de tout, ravitaillement, électricité, chauffage, vêtements, médicaments, moyens de transports et sont victimes de bombardements et des mines. A cause du manque de savon beaucoup attrapent la gale. La santé des empochés se détériore aussi à cause des carences alimentaires.

 

Le Docteur Chevrel, à La Baule, dirige les services de santé dans la Poche. L’hôpital principal pour les empochés est à Savenay où se trouve, comme à Pornic, un service de maternité et un service chirurgical d’urgence destiné aux civils victimes d’accidents et de bombardements. On trouve des hôpitaux secondaires à La Baule, Pontchâteau et Saint-Gildas-des-Bois. La défense passive et la Croix-Rouge réalisent le transport des blessés vers ces hôpitaux avec des moyens de fortune...

 

 

 

L’administration reste en place

 

           L’administration est dirigée par le sous-préfet de Saint-Nazaire Antoine Benedetti. Nommé par Vichy, ce fonctionnaire est néanmoins confirmé par le nouveau gouvernement du général de Gaulle. Son pseudonyme est « capitaine Pascal » dans la Résistance. Descendant de l’ambassadeur de France à Berlin qui transmit en 1870 la dépêche d’Ems, il jouit d’un certain prestige auprès des Allemands. Disposant d’une voiture et d’essence, il partage ses nuits entre la villa bauloise « Les Roses » de son ami journaliste Dauneau et sa gentilhommière du Gresny. Il a installé les services de la sous-préfecture dans la mairie de Pontchâteau après la destruction de Saint-Nazaire ainsi qu’une antenne dans la villa « Les Paludières » de La Baule. Il aura l’autorisation à plusieurs reprises de traverser les lignes pour se rendre à Nantes.

 

Le sous-préfet réussit à payer les fonctionnaires qui sont restés en place dans la Poche, notamment les gendarmes et policiers, les personnels de cantonnement qui travaillent pour les Allemands et les différentes allocations grâce aux 43 millions de francs qui lui ont été attribués par le Festungskommandant. En effet, au moment de la fermeture de la Poche, les Allemands ont récupéré tout l’argent de la banque de France de Saint-Nazaire, en tout 193 millions de francs. Ils ont gardé 150 millions pour eux, ce qui leur permet de payer leurs troupes directement en francs, et reversé 43 millions à l’état français. Les soldats peuvent ainsi faire des achats chez les fermiers et dans les magasins de la Poche. Un simple soldat allemand touche 4 francs par jour. Au moment de la reddition l’état-major allemand rendra ce qu’il lui reste, soit 67 millions de francs...

 

 

 

Une des missions les plus spectaculaires organisées par le sous-préfet est l’envoi dans le Jura du responsable du service des eaux de La Baule M. Mallié. Pour la Poche l’eau est puisée dans la Brière, puis filtrée à Trignac et Montoir. Le chlore nécessaire à la filtration de l’eau vient à manquer, il devient indispensable d’en récupérer à l’extérieur. Le sous-préfet obtient un laissez-passer pour le chef du service des eaux. A Nantes ce dernier loue une voiture et se rend dans le Jura. Il est de retour à Nantes le 10 décembre 1944 avec 900 kilos de chlore qui vont aller alimenter les deux stations de pompage de la Poche.

 

 

 

Les premières évacuations

 

           Fin août 1944, les Allemands demandent l'évacuation des bouches inutiles bloquées dans la Poche de Saint-Nazaire qu’ils estiment à quarante mille. Les Américains y sont plutôt opposés car une évacuation augmenterait les possibilités de ravitaillement pour les Allemands. C'est le sous-préfet, M. Benedetti qui va s'occuper, avec les responsables de la Croix-Rouge, pendant toute la période d'encerclement de la Poche, de régler les problèmes relatifs aux évacuations : accords des différentes autorités militaires, transport, horaires...

 

Les différentes autorités militaires donnent finalement un accord pour une première évacuation le 1er septembre 1944. Elle a été négociée par M. Nory, le directeur des services d’urgence de la Croix-Rouge. Le passage des lignes est autorisé de 8h à 20 h du 5 septembre au 9 septembre. Les volontaires doivent rejoindre à pied la route de Savenay à Saint-Etienne-de-Montluc, jonction assurée uniquement par des équipes de la Croix-Rouge française, puis traverser les lignes par la gare de Cordemais. Ils bénéficient de deux gîtes d'étape au camp Franco, à Montoir, ainsi qu'à Savenay. Les évacués peuvent emporter leur bicyclette ainsi que leurs biens sur des charrettes à bras ; les routes sont surveillées à l'intérieur de la Poche par les gendarmes de Pornichet et de Pontchâteau. Les ouvriers ayant travaillé pour des entreprises allemandes sont pris en charge par les autorités militaires américaines, les familles par les services de la préfecture de Loire-Inférieure. Un accord du Colonel York de l’état-major américain à Nantes prolonge l’évacuation d’une journée. Plusieurs milliers de civils peuvent ainsi évacuer quinze jours après la formation de la Poche, notamment ceux qui en première ligne comme à Bouvron avaient été obligés de déménager.

 

Le 18 octobre 1944, un nouvel accord est passé entre les autorités militaires allemandes, françaises et américaines. Cette fois-ci l'évacuation se fera pendant six jours par train, de la Poche vers Nantes. Les trains vides seront pris en charge par les Allemands à la gare de Cordemais où se fera l’échange des conducteurs. Un cessez-le-feu sera observé à des horaires précisés dans les conventions passées entre les belligérants. Marquée par des drapeaux blancs, la zone de la gare de Cordemais sera considérée comme zone neutre. Enfin les rails seront démontés après chaque passage.

 

Les civils sont mis au courant par voie d’affichage. Les candidats au départ doivent s’inscrire sur des listes auprès de leurs mairies. Ces départs sont interdits aux gendarmes et aux hommes ayant un grade d'officier dans l'armée française, ainsi qu’à toute personne nécessaire au fonctionnement de la vie courante, notamment les fonctionnaires. Les voyageurs peuvent emporter des bagages à main d'un poids maximum de 50 kg, des voitures d'enfant, une bicyclette par famille et une somme d'argent limitée à deux mille francs par adulte et mille francs par enfant. Le surplus d'argent est à déposer dans les banques qui délivreront des reçus valables de l'autre côté. Afin de limiter l'espionnage, les personnes qui désirent emporter des papiers sont priées de les remettre pour contrôle à l'Hauptmann Mueller à l'hôtel Family de Pornichet trois jours avant le départ. Les dessins et croquis sont interdits. Les équipes de la Croix-Rouge française pourront aider ceux qui le désirent à rejoindre les gares.

 

A raison de 1 200 personnes par train, ces convois permettent d’évacuer environ 7 000 personnes...

 

 

 

Couvre-feu et circulation

 

           Le couvre-feu est de rigueur la nuit et toute circulation est alors interdite. Les rassemblements de plus de dix personnes ne sont autorisés que pour les services à l’église. Il est normalement impossible de traverser les lignes de front, certains n'hésiteront pas à le faire clandestinement, ce qui n'est pas sans risque.

 

Pour éviter que des personnes ne se cachent chez des civils, dans chaque maison trois listes des habitants doivent être réalisées ; une doit être affichée à l'extérieur, l'autre dans le vestibule et la troisième déposée à la mairie. Toute absence de plus de 24 heures doit faire l’objet d’une autorisation écrite.

 

Trois zones sont définies par les Allemands et le passage entre les différentes zones nécessite aussi l’obtention d’un laissez-passer...

 

 

 

La chasse au ravitaillement pratiquée par les empochés des villes côtières ne peut donc être faite partout et il ne faut pas non plus se laisser surprendre par le couvre-feu loin de chez soi. Pourtant la disette fait rage et la côte va aller jusqu’à rester trois semaines sans pain. C’est l'époque du troc avec les agriculteurs mais aussi du marché noir. Il peut être individuel ou organisé, à La Baule par exemple tout peut se trouver à partir du moment où l’on paye…

 

Un Ausweis est en fait nécessaire pour tout ce qui concerne la circulation : pour conduire un vélo, une voiture ou un camion, sachant que seuls les services sanitaires, la Défense Passive et la gendarmerie peuvent avoir de l’essence… Ausweis obligatoire aussi pour circuler en dehors de son secteur, ainsi qu’après le couvre-feu. Ce qui fait qu’un médecin qui veut se rendre de nuit dans le secteur des combats pour un accouchement doit avoir trois Ausweis en cours de validité !

 

Le 9 novembre 1944, le Festungskommandant interdit tout attroupement sur la voie publique et toute réunion pour le 11 suivant. Les cérémonies dans les églises sont également interdites, seul un dépôt de gerbe au monument aux morts est autorisé en comité restreint.

 

 

 

Electricité et chauffage

 

           L'électricité est coupée début août 1944 par la Société électrique de Basse-Loire. Les Allemands qui en produisent par la centrale thermique de Saint-Nazaire alimentée en vapeur par des chalutiers dans le port la distribuent plus ou moins aux hôpitaux, aux médecins, aux services des eaux, aux personnes de la Croix-Rouge, aux mairies et aux églises. Mais les particuliers en sont privés. Sans que les empochés aient été mis au courant, des négociations ont pourtant été menées en haut-lieu pour que l’électricité soit rétablie...

 

Pendant toutes ces négociations les empochés sont obligés de recourir au système « D ». Ils inventent des moyens de fortune pour s'éclairer, en transformant par exemple une betterave taillée en une odorante lampe au gasoil ou à l’huile de foie de morue… ils utilisent aussi la dynamo de la lampe du vélo et coulent des bougies en suif dans sa pompe, d’autres bricolent une lampe à acétylène.

 

En plus de l’électricité, dès la fermeture de la Poche, les livraisons de combustible ont aussi été stoppées. Les empochés vont devoir vivre sur leurs réserves qui sont plutôt rares après déjà quatre années de restriction. Le bois de chauffage est réservé à la cuisson des aliments, il n’y a plus de livraison de charbon ni de butagaz. Et il va faire particulièrement froid cet hiver 44-45... Dans les villes côtières les habitants abattent les arbres de leur jardin et les mairies ceux des terrains communaux. Les « asperges de Rommel », pieux de bois plantés sur les plages et dans les champs sont discrètement arrachées pendant la nuit. Mais il n’y a même plus d’allumettes pour allumer le feu !...

 

 

 

Des réquisitions très diverses

 

           En plus des réquisitions agricoles très strictes, la pêche est réglementée par les services de la douane allemande. Les bateaux ne peuvent sortir que pendant la journée, de plus les équipages sont contrôlés ainsi que les cargaisons.

 

Les civils sont eux-mêmes régulièrement réquisitionnés pour exécuter des travaux de fortification sur ordre directement des Kommandantur ou par l’intermédiaire des mairies. Ils sont normalement rétribués. Ce peut-être pour planter des « asperges de Rommel » dans les champs contre les planeurs, pour creuser des fossés anti-chars ou encore enfoncer des pieux sur la plage pour éventrer les éventuels bateaux de débarquement. Le 1er décembre 1944, sur ordre de la Standortkommandantur de La Baule, des équipes de travailleurs sont mises en place par la mairie pour aller enlever du bois de construction et de chauffage dans les quartiers détruits de Saint-Nazaire. Les services des Ponts-et-Chaussées fourniront les camions automobiles pour le transport. Le bois ainsi prélevé sera entreposé à la gare de La Baule et surveillé par des équipes françaises. Sur les quantités récupérées, deux tiers iront à l’intendance allemande et un tiers à la population civile. A Besné la mairie doit même fournir des hommes pour garder un train de munitions.

 

Comme le peu de voitures non réquisitionnées n’ont plus d’essence, les bicyclettes deviennent le seul moyen de transport pour les civils dans la Poche. Elles sont à leur tour l’objet de réquisitions par les Allemands. C’est d’autant plus facile qu’à l’époque les vélos sont immatriculés et que les propriétaires ont dû les déclarer en mairie. A force de rouler, les pneus viennent à manquer. Les empochés doivent recourir au "système D" : ils découpent des morceaux de pneu de voiture qui sont ensuite entourés avec du fil de fer ou encore utilisent des vieux tuyaux d'arrosage...

 

En plus des réquisitions en cours depuis le début de la guerre comme les hôtels et villas, les postes de radio ont été confisqués après le Débarquement. Après la formation de la Poche quantités d’objets les plus divers et du mobilier sont demandés aux mairies par les Kommandantur...

 

 

 

L’information quand même

 

           Les radios ont été confisquées. Il n'y a plus de journaux distribués. C'est le temps des bobards et les informations les plus saugrenues circulent...

 

Heureusement des passeurs vont faire sortir clandestinement du courrier par la Vilaine, le canal de Nantes à Brest et la Loire par Lavau. Le courrier vers l’extérieur est notamment déposé dans le café de M. Marceau à Penhoët et distribué en zone libre après être sorti de la Poche. Pour le retour les lettres doivent également être portées dans un café, à Nantes, tenu par M. Herzfeld, un réfugié nazairien. D’autres font sortir le courrier par les trains d’ évacuation. Le rétablissement officiel du courrier par l’intermédiaire de la Croix-Rouge apportera par la suite un grand soulagement.

 

Pour avoir des informations de l’extérieur de nombreux bricoleurs isolés fabriquent des postes à galènes qui fonctionnent sans électricité. Au sud-Loire, à Paimboeuf, les usines de la S.T.A.C. possèdent un groupe électrogène clandestin. Les informations recueillies à la radio sont dactylographiées et circulent clandestinement...

 

 

 

La mise en place de la 25e division d'infanterie

 

La venue du Général de Gaulle à Nantes le 14 janvier 1945

 

           Du 5 au 7 janvier 1945 le général de Larminat, commandant de toutes les forces françaises en opération sur l’Atlantique, fait une visite du front de la Poche. Une semaine plus tard, le 14 janvier, le général de Gaulle, président du G.P.R.F., vient remettre la Croix de la Libération à la ville. C’est le maire Clovis Constant qui reçoit la distinction au nom de ses administrés. Le général est accompagné, lors de la cérémonie, par le général de Larminat, le colonel Chomel et le commissaire de la République Michel Debré. Le 32e R.I. en poste dans le secteur de Saint-Etienne-de-Montluc a été désigné pour rendre les honneurs au général. Le chef du 32e R.I. le lieutenant-colonel Costantini est accompagné du drapeau porté par le sous-lieutenant Munier et d’une compagnie commandée par le capitaine Desbiens.

 

Le 25 janvier la direction des F.F.I. est supprimée au ministère de la guerre à Paris. Les bataillons F.F.I. sont dissous les uns après les autres pour rentrer dans la formation d’unités régulières de la 25e Division d’Infanterie en Loire-Inférieure et de la 19e Division d’Infanterie dans le Morbihan. La mission de constituer la 25e D.I. revient à Raymond Chomel nommé général de brigade. Enfin les tenues vont s’harmoniser. Les hommes de la division perçoivent des uniformes et des équipements britanniques. Ils sont habillés comme des soldats de sa Majesté de la tête aux pieds : brodequins noirs avec bouts renforcés, guêtrons en toile, pantalons et blousons Battledress, brelages Pattern 1937 et casques Mark II surnommés « plats à barbe ».

 

 

 

Le 20e Régiment d’Artillerie Divisionnaire entre en jeu

 

           Début novembre 1944, le colonel Chomel a décidé de constituer une unité d'artillerie au sein de la future 25e Division d'Infanterie. Accompagné des capitaines Koch et Poupet, il va reconnaître le faible matériel existant sur le terrain. Pour réorganiser l'artillerie sur la Poche, il appelle un ancien camarade qui a participé avec lui à la guérilla dans l'Indre, le lieutenant-colonel René Blanquefort.

 

Le lieutenant-colonel Blanquefort s'installe à Nantes le 6 décembre. Il décide de créer un groupe d'artillerie pour les sous-secteurs de Fégréac, Plessé, Saint-Etienne-de-Montluc, Port-Saint-Père et Bourgneuf. Ces groupes doivent appuyer à vue l'infanterie de chaque sous-secteur. Il n'y aura finalement que quatre groupes. Le sous-secteur de Fégréac, déjà couvert par l'artillerie américaine, est abandonné.

 

Le personnel est composé d'hommes recrutés dans les unités F.F.I., notamment tous les anciens artilleurs. Le matériel est récupéré dans un rayon de 300 km, jusqu'en Normandie. Il s'agit d'anciens matériels allemands restés sur le champ de bataille, ainsi que d’obus prélevés dans des dépôts de munitions non détruits. La majorité des canons récupérés sont des canons de 75 PAK 40 et des 105 mm.

 

Les moyens automobiles sont très réduits : 9 voitures de liaison, 2 camionnettes, 6 camions, 1 moto et 1 moto-chenille. Le matériel est remis en état par des mécaniciens trouvés dans les unités ou par des entreprises civiles, comme l’Institut Polytechnique de l'Ouest et les Chantiers d'Indret, qui construisent des appareils de pointage. Au quartier Mellinet le capitaine de Valroger s'occupe de la formation d'élèves gradés au sein d'une batterie d'instruction.

 

Pour contrer la forte artillerie allemande, le 15 décembre est donc créé le 20e Régiment d’Artillerie Divisionnaire (20e R.A.D.). Cette unité sera constituée de quatre groupes d’artillerie, devant théoriquement chacun contenir trois batteries...

 

 

 

Le 4e Régiment de Fusiliers Marins garde la Vilaine

 

           Le 5 octobre 1944 à Paris, le ministre de la marine française, M. Jacquinot, a convoqué le capitaine de frégate Marchand. Il l’a chargé de mettre sur pied le 4e Régiment de Fusiliers Marins (4e R.F.M.). Cette unité doit regrouper tous les marins qui ont combattu dans les rangs des F.F.I. pour la libération du territoire, donc capables de se battre « à terre ».

 

Jusqu'à fin octobre le capitaine de frégate Marchand a pris contact avec les différents chefs locaux de la marine à Toulon, Toulouse, Dijon et Vichy pour regrouper des éléments très dispersés. Une compagnie a même été formée à Amiens par d'anciens marins démobilisés après le sabordage de la flotte à Toulon ! Les hommes ont été regroupés au camp de Ruchard près de Tours à la mi-novembre, où il n'ont même pas de chaussures de dotation ! Ils perçoivent enfin leurs armes le 14 décembre et peuvent partir vers Vannes où ils sont mis à la disposition du général Borgnis-Desbordes, commandant les Forces Françaises du Morbihan...

 

 

 

L’escadron autonome Besnier, unité blindée

 

           Le 4 août 1944 la ville de Châteaubriant a été libérée par les troupes américaines. Le lieutenant de réserve de cavalerie Guy Besnier a formé un groupe F.F.I. La première mission de l’unité consiste à garder les dépôts abandonnés par les Allemands. Le 12 août un parachutage permet à ces volontaires de s'armer alors que le 14 un dépôt de munitions est découvert pendant le ratissage de la forêt d'Areze. Le groupe armé prend position dans le secteur de Saint-Etienne-de-Montluc...

 

 

 

...Le 15 octobre 1944 les Allemands effectuent une offensive pour gagner 35 km² de terrain en établissant leurs lignes sur la route Saint-Père-en-Retz - Frossay. Des accrochages sérieux ont lieu à quelques kilomètres devant Chauvé avec le 1er G.M.R. sur la route de St-Michel-Chef-Chef. Durant ces actions le soldat André Lemesle est tué et le M.d.L. Pierre Jarno blessé. L'entrée en action des auto-mitrailleuses et des mortiers va permettre de dégager les hommes et surtout les blessés qui vont être soignés à Chauvé par l'abbé Serot. Le lieutenant Besnier est nommé au grade de capitaine...

 

 

 

Le 1er G.M.R. joue un rôle important dans l'attaque allemande du 21 décembre sur l'ensemble du front, heureusement, aucune perte n'est à déplorer dans l'unité. Le Noël 1944 est fêté sur les lignes par une température de -10°C. Le 27 décembre l'effectif du 1er G.M.R. passe à 183 grâce à la venue de volontaires F.F.I. originaires de Basse-Normandie. Ces derniers en apprenant que le capitaine Besnier était un officier des chars, lui déclarent qu'il reste de nombreux blindés sur les champs de bataille de Normandie. Le capitaine Besnier, très intéressé par cette information, obtient du colonel Chomel l'autorisation de se rendre sur place.

 

Suite à cette visite, de janvier à mars 1945, une équipe de mécaniciens du 1er G.M.R. travaille en Normandie d'arrache-pied pour remettre en état une quinzaine de blindés. Ce travail doit permettre, de retour sur le front sud de la Poche, de constituer un escadron blindé. Les mécaniciens doivent parfois sortir des cadavres de soldats allemands gelés dans les chars pour aller récupérer des matériels d'optique et les équipements de tir. Pour les autres soldats de l'unité restés au sud-Loire, les patrouilles continuent autour de Chauvé, La Bernerie-en-Retz et La Sicaudais.

 

 

 

Les engins récupérés en Normandie sont les suivants :

 

- 1 char Tiger I (canon de 88 mm, poids 57 tonnes, équipage 5 hommes)

 

- 1 char Tiger II (appelé aussi Tigre Royal, canon de 88 mm, poids 68 tonnes, 5 hommes)

 

- 1 char Panther (canon de 75 mm, poids 45 tonnes, 5 hommes)

 

- 11 chars Panzer IV (canon de 75 mm, poids 20 tonnes, 5 hommes)

 

- 1 semi-chenillé Panzerwerfer 42

 

- 2 remorques de chars semi-chenillées dont une avec grue

 

- 1 camion atelier avec tour et groupe électrogène

 

- 4 camions et 4 camionnettes de pièces de rechange.

 

Début mars 1945, fort de ses nouveaux matériels blindés, le 1er G.M.R. devient l'Escadron Autonome de Chars Besnier. L'unité se rend en garnison à Machecoul pour former les équipages de chars. Les blindés sont nommés et peints aux couleurs françaises avec des cocardes bleu-blanc-rouge et des croix de Lorraine...

 

 

 

Un régiment de Soissons en renfort en février 1945, le 67e R.I.

 

           Après les combats pour la libération de Soissons les 28 et 29 août 1944, la résistance formée d’éléments appartenant aux réseaux O.C.M., Libération-Nord, F.T.P. et Alliance, se regroupe à la caserne Gouraud. Des bataillons sont formés.

 

Le commandement des F.F.I. est assuré pour le 2e bataillon par le capitaine Louis Pruvost et pour le 3e par la capitaine Le Pape, ancien officier de cavalerie de 39-40. L’encadrement est fourni par d’anciens sous-officiers et cadres du 67e R.I., ancien régiment de Soissons, qui se sont engagés dans la Résistance. Le régiment reçoit des renforts avec l’arrivée de deux compagnies de F.T.P. du Nord, en majorité des mineurs.

 

Comme les autres unités en reconstitution, l’armement est hétéroclite tout comme les uniformes et les véhicules qui proviennent de récupérations diverses. L’instruction commence et les hommes signent le 21 octobre 1944 leur engagement pour la durée de la guerre...

 

 

 

La 4e demi-brigade de Chasseurs à Pied

 

           A l'autre bout de la France, la 4e demi-brigade de Chasseurs à pied, qui finit son instruction dans les Vosges, s'embarque le 3 mars 1945 à bord de deux trains. Destination: le front de la Poche de Saint-Nazaire. Cette unité a été formée à Châteauroux début janvier 1945 par des éléments du 90e R.I. qui ont formé le 1er B.C.P. et du 68e R.I. pour le 5e B.C.P. Elle est composée de 1500 hommes répartis entre l'état-major, une C.A.C. (compagnie anti-chars), une C.C.I. (compagnie canon infanterie), le 1er et 5e B.C.P. Son chef est le lieutenant-colonel Petit, un officier d’active. Ces unités arrivent par train à Redon le 6 mars 1945 ; le lendemain le général Chomel met à leur disposition le 17e B.C.P. qui était en repos à Nantes...

 

 

 

Avril 1945, la 25e Division d’Infanterie est prête

 

           Le 1er mars 1945, afin de mieux marquer le caractère opérationnel des Forces Françaises de l’Ouest, un changement d’apellation intervient. Les F.F.O. deviennent « Détachement d'Armée de l'Atlantique » (D.A.Atl.).

 

Début avril 1945, les forces françaises en présence sur le front de Saint-Nazaire sont principalement celles de la 25e Division d’Infanterie, soient 16383 hommes. Les bataillons F.F.I. ont été dissous et leurs effectifs versés dans les différentes unités de la division. Il faut ajouter à cette division d’infanterie commandée par le général Chomel le 4e R.F.M. qui garde le secteur de la Vilaine au sein de la 19e Division d’Infanterie, les II et III/67e R.I. situés dans le sous-secteur de Plessé et l’escadron autonome Besnier resté indépendant.

 

Le 2 avril 1945 chaque unité de la 25e Division d’Infanterie détache une compagnie de marche. Cette compagnie aura l’honneur d’aller percevoir son étendard à Paris des mains du général de Gaulle. Les compagnies d’honneur des différentes unités forment temporairement ensemble un bataillon de marche sous les ordres du lieutenant-colonel Petit, chef des Chasseurs. Le bataillon de marche, après avoir défilé à Paris le 6 avril devant le général de Gaulle et reçu ses drapeaux Place de la Concorde, défilera à son retour à Nantes devant le général Chomel.

 

La 25e D.I. est composée du 21e Régiment d'Infanterie (bataillons I, II et III), du 32e R.I. (I, II et III), du 1er Régiment de Hussards (4 escadrons), de la 4e demi-brigade de chasseurs (1er, 5e et 17e B.C.P.), du 8e Cuir (5 escadrons), du 20e R.A.D. (4 groupes), du 91e Génie, du 125e F.T.A. (D.C.A.), du 9e train auto (185e, 285e, 385e et 485e compagnies de transport), de la 125e compagnie de réparation de matériel, du 125e bataillon médical, du 125e groupe d’exploitation (intendance) et de la 80e compagnie mixte de transmissions...

 

 

 

La 66th Infantry Division américaine s’installe

 

Disposition des troupes

 

           Les fantassins américains de la 66th I.D. partent d’Angleterre le jour de Noël 1944 sur deux bateaux de transport de troupes. L’un des deux, le Leopoldville, qui transportait les 262nd et 264th Infantry Regiment, est coulé par un U-Boot. C’est le U-486 de l’Oberleutnant-zur-See Gerhard Meyer qui l’a torpillé environ 10 kilomètres avant Cherbourg à 17h50 le 24 décembre. Les pertes humaines s'élèvent à 784 hommes du rang et sous-officiers ainsi que 14 officiers.

 

Les passagers de l’autre bateau et les rescapés du Leopoldville sont acheminés par camion vers l'aéroport Saint-Jacques de Rennes afin d'être organisés et préparés au combat. La 66th I.D. est commandée par le Major-General Hermann F. Kramer, désigné par le Lieutenant-General Omar Bradley comme « Commander of the 12th Army Group Coastal Sector ». Le secteur de Saint-Nazaire est lui commandé par le Brigadier-General George J. Forester surnommé « Beerbelly ».

 

Le 1er janvier 1945, la 94th Infantry Division est relevée par la 66th. Les Panthermen trouvent en face de leurs lignes un terrain bien défendu par des troupes allemandes en place dans la Poche depuis déjà 5 mois. De nombreuses patrouilles sont organisées et quelques missions de combat d'infanterie appuyées par les blindés. Mais les Américains qui sont obligés de s'enterrer face aux lignes allemandes vont être surpris par un hiver rigoureux...

 

Le 263rd Infantry Regiment, principale unité du secteur du front de la Poche de Saint-Nazaire, place ses trois bataillons sur un front d'environ 20 km du Temple de Bretagne à Blain. Chaque bataillon place deux compagnies en ligne et une en réserve. Cela permet aux soldats en ligne d'être remplacés tous les 6 jours. Au nord de cette unité, sur le canal de Nantes à Brest, sont stationnés deux sections de la compagnie anti-tanks du 263rd I.R. ainsi que des éléments du 15th Recon. Squadron.

 

 

 

Artillerie et sections anti-chars

 

           Le 919th Field Artillery Bataillon de la 94th I.D. est relevé par le 871st F.A.B., qui conserve les mêmes positions et les mêmes missions. L'artillerie du secteur de Saint-Nazaire est donc assurée par les 871st F.A.B. (105 mm), la batterie A du 199th F.A.B. et deux batteries servies par des troupes F.F.I. Les principales forces d'artillerie américaines sont concentrées sur la Poche de Lorient, moins vaste. Le support canon de l'infanterie est fait par une compagnie de canons du 262nd I.R. Le Groupe Nord est désormais commandé par le Lieutenant-Colonel Avery, tandis que le Captain Meadowcraft prend la tête du Groupe Sud. L'artillerie du sous-secteur de Plessé est commandée par le Colonel Willey. Le 21 février 1945 le 115th Field Artillery Battalion (105 mm How.) est rattaché à la 66th I.D. et placé dans le secteur nord de la Poche.

 

 

 

Relations avec l’armée française

 

           Les protocoles d’accord qui ont été mis au point lors des réunions successives avec les membres de la 94th I.D. et l’état-major français sont renouvelés. La coopération des Français avec l’artillerie américaine continue donc, ainsi que les accords sur les livraisons d’essence et de rations. Des soldats français sont aussi détachés de leur unités pour être formés à Châteaubriant par des officiers instructeurs américains. C’est le cas d’une vingtaine de soldats français des 81e et 91e Bataillons du génie. Ces soldats français du génie vont partager les conditions de vie des Américains du 266th Engr. Combat Battalion et découvrir la richesse de leurs matériels.

 

 

 

Principales actions sur la Poche

 

           Durant leur premier mois de stationnement les troupes du 263rd Infantry Regiment organisent 136 patrouilles de jour et 99 de nuit. Le 3 janvier 1945 le premier pantherman est blessé. Au cours de ce mois 10 patrouilles de combat sont effectuées durant lesquelles 5 soldats allemands sont capturés, 27 blessés ou tués. Côté américain, les pertes sont de 1 officier et 9 soldats tués, 8 autres étant blessés.

 

Le 8 février 1945 les Allemands organisent une attaque en face du canal de Nantes à Brest sur les villages de Le Thénot et de Coisnaute. Leurs troupes sont couvertes par l'artillerie qui est restée stationnée derrière le canal. L'attaque était connue plusieurs jours à l'avance grâce aux agents de renseignements français situés à l'intérieur de la Poche. Pour contrer cette attaque des patrouilles françaises sont envoyées vers ces villages sous la protection de deux batteries légères du 688th Field Artillery Battalion. Les Français sont accrochés à l'entrée des villages tenus par l'ennemi qui repart vers la Poche en fin d'après-midi.

 

Pendant le mois de février 1945 les soldats du 263rd I.R. intensifient le volume des patrouilles (297) dont 81 nocturnes. Sept patrouilles de combat sont effectuées, notamment pour faire des prisonniers. Les pertes américaines lors de ces patrouilles s'élèvent à 4 tués, 3 blessés et 3 disparus. Seuls 3 déserteurs allemands sont capturés lors de ce mois...

 

 

 

Le 15 avril 1945, à l'occasion du second anniversaire de la 66th Infantry Division, le général Eisenhower, Supreme Commander of the Allied Expeditionary Forces, décerne à la division une étoile de bataille (battle star) pour sa participation à la campagne de France. Il déclare « Chaque membre de la Division est maintenant habilité à porter le ruban avec étoile de service en bronze sur les théatres d'opérations Européen-Africain. Cette étoile est le badge de reconnaissance pour une tâche bien faite. Cela vous place au rang de vétérans d'une armée qui n'a jamais eu de défaite. Votre première récompense d'honneur est méritée et vous pouvez la porter avec fierté. »

 

 

 

L’attaque des lignes allemandes du 19 avril 1945

 

           Pendant le mois d'avril 1945, les trois bataillons du 262nd Infantry Regiment sont placés sur le front de la Poche de Saint-Nazaire, secteur de Fay-de-Bretagne, de la façon suivante : 2e bataillon à gauche, 1er au centre et 3e à droite.

 

Les lignes du 2e bataillon vont être avancées le 11 avril de 250 m sans difficulté, puis de 500 m le 16 mais avec de petits combats.

 

Les trois bataillons se préparent à leur principale action de combat qui est programmée pour le 19 avril 1945, contre les lignes allemandes situées entre Fession au sud du canal de Nantes à Brest et le nord de Bouvron. Les deux jours précédant l’attaque, cette bande de terrain de 5 kilomètres est fortement bombardée par l’artillerie américaine notamment avec du phosphore et des grenades à fragmentation.

 

Avant le lever du jour, le 19 avril 1945, chaque bataillon du 262nd I.R. envoie contre les lignes adverses tenues par les hommes du Kampfgruppe Deffner trois patrouilles de combat. Les patrouilles sont organisées avec de l'infanterie très armée et appuyées par les mortiers et l'artillerie. La patrouille du 3e bataillon est même accompagnée de 5 chars légers de la compagnie F et de deux canons d'assaut de 75 mm de la troupe E du 107th Cav. Recon. Squadron. Les troupes sont protégées dans leur avance par le tir d’obus fumigènes. Elles pensent surprendre les Allemands pendant leur sommeil.

 

En fait les trois patrouilles de combat sont fortement accrochées peu après leur départ et seule la patrouille du 3e bataillon parvient à percer les lignes allemandes avec l'aide des chars. Quatre positions fortifiées allemandes sont détruites et 4 prisonniers sont ramenés dans les lignes américaines sous la couverture des mortiers. Le Technical Sergeant George Chunfat sauve la 3e section en détruisant seul un bunker à l'explosif. Ce bunker équipé d'une mitrailleuse menaçait toute la section de combat.

 

A 7h15 tout est fini, les dernières troupes américaines repartent dans leurs lignes. Deux chars américains ont été perdus pendant l'opération, l’un est tombé dans un fossé-piège et l'autre est resté bloqué dans une tranchée couverte dont il avait percé le toit. Les pertes américaines s'élèvent à 3 tués, 20 blessés et 1 disparu. Les pertes allemandes sont estimées à une quinzaine de morts et une trentaine de blessés.

 

Début mai 1945, les troupes de la 66th Infantry Division sont informées par le SHAEF qu'elles vont bientôt être remplacées par des soldats français du D.A.Atl. du général de Larminat. Ces soldats français doivent provenir en partie des troupes qui viennent de libérer la Poche de Royan. Les Américains ne veulent pas manquer la reddition de la Poche de Saint-Nazaire. Le 3 mai 1945 le Major-General Kramer, accompagné de son chef d’état-major, rencontre le général de Larminat à son QG de Cognac pour retarder leur remplacement de quelques jours.

 

 

 

Les empochés dans la tourmente

 

La vie quotidienne

 

           Lorsque la Poche s’est formée à la mi-août 1944, la population civile de Loire-Inférieure avait déjà subi plus de quatre années d'occupation. Les empochés se retrouvent occupés neuf mois de plus que le reste de la France, mais cette fois-ci avec des restrictions encore plus grandes, surtout au niveau alimentaire, le froid, les bombardements, les réquisitions de civils et de produits agricoles, plus d’électricité, plus de radio ni de journaux et des limitations de circulation. Les empochés se retrouvent en fait dans une situation très désagréable, coupés du monde extérieur, ils subissent leurs ennemis au quotidien et sont bombardés par leurs amis qui les encerclent.

 

Les quatre premiers mois de l’année 1945 vont être encore très durs pour les empochés. Seul avantage, la chaleur va revenir… il neigera pourtant le 1er mai 1945. Les réquisitions allemandes continuent : légumes, fruits, pneus de voiture et de bicyclettes inutilisés… le 12 février l'utilisation de colza et de navets en tant que fourrage est défendue, ces produits oléagineux sont désormais réservés à la consommation humaine. Le 7 mars, le commerce de la viande de porc est interdit...

 

 

 

L’école buissonnière

 

           La Poche s’est constituée pendant les grandes vacances. Pour beaucoup l’école ne reprendra pas. Le 10 octobre 1944, le directeur de l’Enseignement Public envoie une note aux instituteurs de la Poche déclarant, par souci de sécurité, l’ajournement de la rentrée des classes jusqu’à nouvel ordre. Le sous-préfet autorise le 8 janvier 1945 la reprise partielle des cours pour de petits groupes d’élèves, sauf dans la zone dangereuse située sur une bande de 15 kilomètres de large après les lignes de la Poche.

 

Non seulement les Allemands ont réquisitionné la plupart des salles de classe, mais de plus de nombreux instituteurs ont quitté la Poche par les trains d’évacuation. Des Curés et des bénévoles se transforment en professeurs, des cafés et des granges en salles de classe. Dans les régions autorisées les cours reprennent donc au ralenti pour les enfants qui n’ont pas été évacués, avec des semaines de classe réduites à 6 heures afin de ne pas mettre la vie de trop d’élèves en danger en même temps.

 

 

 

Les dernières évacuations

 

           L'hiver 1944 étant très rude, les mairies ont rouvert les listes de candidats au départ dès le 21 novembre. Certains civils sont portés d'office sur les listes par les Allemands, d'autres sont rayés car ils sont indispensables aux entreprises allemandes qui les ont embauchés. Plusieurs raisons incitent les civils à partir. A cette époque c’est surtout le froid et la faim. Les négociations entre les états-majors allemands et alliés sont relativement longues. L’attente est encore prolongée car l’unité américaine du secteur change en fin d’année.

 

Une nouvelle série de sept trains est finalement acceptée le 4 janvier 1945. Après diverses négociations, les départs commencent le 18 janvier...

 

 

 

Les nouvelles dates de départ ne sont fixées que le 12 février 1945, après plusieurs ajournements. Les départs vont reprendre du 18 au 21 février. Grâce à
toutes ces évacuations par trains, un peu plus de 20 000 empochés auront quitté la Poche...

 

 

 

...la fin de la guerre approchant et avec elle le danger d'une attaque sur la Poche se renforçant, les Alliés et les Allemands conviennent d'une trêve le 4 avril entre 10 et 14 h pour permettre aux évacués volontaires de quitter la Poche-sud. Le passage se fera encore devant Pornic par les lignes tenues par le 125e groupe F.T.A.

 

Rassemblés place de la Gare à Pornic, les 150 candidats au départ sont contrôlés dans le « café des touristes » de Courtigon par les services de la douane. Ils sont ensuite envoyés les yeux bandés par groupes de dix en direction des lignes françaises, accompagnés par deux soldats allemands. A l'arrivée une délégation civile et militaire franco-américaine les prend en charge...

 

 

 

Au nord de la Loire les derniers candidats à l’évacuation profitent des trains de ravitaillement de mars et d’avril 1945 pour quitter la Poche. A cause des rumeurs d’attaque les enfants placés dans des familles d’accueil ainsi que les malades sont évacués par les membres de la Croix-Rouge. Au dernier convoi, les personnels d’accompagnement qui descendent à la gare de Savenay entendent avec émotion les voyageurs chanter « Ce n’est qu’un au revoir mes frères »...

 

 

 

Les trains de ravitaillement

 

           Lors de la première évacuation par train fin octobre 1944, deux civils suisses ont demandé aux autorités allemandes l’autorisation de pouvoir rentrer pour deux à trois semaines dans la Poche. Messieurs Claude Pilloud et Porchet de la Croix-Rouge Internationale de Genève désirent évaluer les besoins de la population civile. Quinze jours plus tard c’est en voiture qu’ils pénètrent dans la Poche devant Pornic. Sur accord du Festungskommandant, ils peuvent rester trois semaines, accompagnés par un officier, pour observer les besoins des civils. Ce sont eux qui mettent au point l’entrée des trains de ravitaillement avec l’aide du sous-préfet Benedetti qui en fait la demande officielle aux autorités alliées le 30 novembre.

 

Le projet manque d’échouer. En effet les Alliés, s’ils acceptent le principe des trains de ravitaillement, ne veulent pas que la nourriture soit aussi distribuée aux civils français travaillant pour les Allemands. Vu leur nombre élevé, cette clause est finalement supprimée et l’accord donné.

 

Le premier train pénètre le 30 décembre 1944 dans la Poche. Il a été chargé à Nantes par le service de ravitaillement départemental de Loire-Inférieure. La distribution aux seuls civils dans la Poche est contrôlée par la Croix-Rouge Internationale.

 

Les empochés doivent se munir de leur carte d'alimentation et des feuilles de denrées diverses du mois correspondant. En effet, les aliments ne leur sont pas donnés mais vendus. Les marchandises sont payées au receveur des finances de l'arrondissement de Saint-Nazaire pour le compte du ravitaillement général...

 

 

 

La poste dans la Poche

 

           La poste continue de fonctionner à l'intérieur de la Poche et le courrier est acheminé vers toutes les communes dans des délais plus ou moins longs, surtout vers le sud-Loire. Les timbres utilisés par les différents bureaux de poste sont toujours ceux du maréchal Pétain alors que dans le reste de la France de nouveaux timbres ont été imprimés par le gouvernement provisoire de la République française. Mais très vite les timbres viennent à manquer et à La Baule, bureau de poste le plus actif de la région, une machine d'affranchissement mécanique est installée début janvier 1945. Elle provient des chantiers de Penhoët et fonctionnera jusqu'au 23 mai 1945.

 

Le 30 mars 1945, devant le manque de timbres dans les quarante-quatre bureaux de poste de la région, le sous-préfet Benedetti publie un décret instaurant la création de deux timbres utilisables à l'intérieur de la Poche. Ils sont pris en charge par la Chambre de commerce de Saint-Nazaire déménagée villa « La Paludière » à La Baule, gravés par M. Guillaume, sculpteur, imprimés par l'entreprise La Mouette et le responsable de sa distribution est M. Roques, directeur de la poste de La Baule.

 

 

 

Relations avec les Allemands

 

           Une constatation aide un peu les empochés à supporter leurs malheurs. Ils s’aperçoivent que les soldats allemands sont aussi démunis qu’eux. En effet si l’état-major à La Baule vit confortablement, les soldats du front ne ressemblent plus du tout à l’image qu’ils donnaient d’eux quelques années plus tôt. Certains sont chaussés de sabots, habillés avec des vêtements coupés dans des couvertures, tandis que leurs chemises ont été taillées dans des draps. Presque tous ont des poux. Des civils les surnomment « l’armée des culottes défoncées ». Ils en sont réduits à manger des corbeaux, des choux crus dans les champs… les marins ont échangé leurs pulls contre de la nourriture. En comité restreint ils se confient et sortent de leur portefeuille leurs photos de famille en parlant des bombardements des villes allemandes et de l’avancée des Soviétiques dans leur région...

 

 

 

Le 19 janvier 1945, le train de travailleurs La Baule - Saint-Nazaire entre en collision avec des wagons vides, à 500 m de Saint-André-des-Eaux. Simple accident ou sabotage ? Surnommé « le train du Morbihan », il avait repris son activité le 9 août 1944 pour emmener les ouvriers travailler aux chantiers de Penhoët et de la Loire, ainsi qu'aux fonderies. Cinq Français sont tués, vingt-six autres blessés. Bien que les Allemands n'aient pas de victimes, ils décident que chaque jour, à l'aller comme au retour, six notables, accompagnés d'un officier de l'armée d'occupation, occuperont le wagon de tête. Le maire de La Baule, le sous-préfet, le commissaire central, M. Nassiet de la Chambre de Commerce, le journaliste Dauneau… doivent donc servir de bouclier humain dans le train. Ils prennent donc, pendant quelques jours, le train du matin à La Baule et reviennent en voiture de Saint-Nazaire pour occuper leurs fonctions. Le soir ils repartent en voiture à Saint-Nazaire pour reprendre le train et dormir chez eux.

 

 

 

Avril, bientôt la fin

 

           Avec la guerre qui se termine, beaucoup de civils qui avaient espéré dans les premiers mois l’attaque de la Poche par les Alliés… commencent à la redouter. Après avoir subi tant de privations et de souffrances, ils espèrent maintenant un règlement pacifique, considèrant qu’ils le méritent. Ils savent que près de 450 civils sont déjà morts à Royan lors du premier bombardement de janvier, quand le 15 avril ils voient passer 1350 forteresses volantes au dessus de leurs têtes allant toutes dans la même direction. Ils souhaitent que Berlin qui est maintenant attaquée tombe avant que ne soient déclenchées les opérations militaires sur leur région. Ils regrettent de ne pas s’être fait évacuer. Certains soldats français de la 25e Division d’Infanterie sont également inquiets, leur famille est restée dans la Poche.

 

Les résistants de la Poche souffrent du fait que certaines personnes parmi les autorités à Nantes considèrent les empochés comme des collaborateurs. Ils leur envoient un rapport dont voici quelques extraits « la densité des troupes ennemies dans les régions côtières a toujours été considérablement supérieure à ce qu’elle fut dans la plupart des autres régions occupées. Toute l’activité industrielle et commerciale a été forcément dirigée par eux. Des compromissions étaient inévitables. Quiconque nous méprise en bloc a tort. Nous ne sommes pas plus mauvais que d’autres. La grosse majorité des habitants de la Poche a encore des sentiments bien français. Nous serons d’ailleurs bien libérés un jour ou l’autre, vous vous en rendrez compte alors. »

 

Le général Chomel a précisé en mars 1945 « Les organisations de la Résistance ne devenant F.F.I. qu’à partir du moment où elles commencent les opérations militaires et ces opérations n’étant pas ouvertes dans la Poche, nul ne peut s’y prévaloir actuellement de la qualité de F.F.I. » Cette déclaration va avoir pour conséquence que les civils portant un brassard F.F.I à la libération de la Poche seront difficilement reconnus comme tels par les soldats de la 25e D.I.

 

 

 

Le sous-préfet intervient à Paris pour éviter l’attaque

 

           Le 10 avril, le sous-préfet Benedetti rencontre à Nantes le colonel Félix qui lui déclare que l’attaque des différentes Poches de l’Atlantique a été décidée. Le sous-préfet, déjà alarmé par le bombardement meurtrier de Royan du 5 janvier, voit passer avec inquiétude les vagues de bombardiers le 15 avril 1945. Il suit les combats rapides pour la prise des Poches de Royan et de la Pointe de Grave par la Division de marche Gironde et la Brigade de marche Médoc, qui ne durent respectivement que 4 et 6 jours. Ces événements laissent présager une prochaine attaque de celle de Saint-Nazaire, où se trouvent beaucoup plus de civils.

 

Le sous-préfet n’hésite pas, avec sa voiture il fonce à Paris. Il rencontre d’abord le commissaire de la République d’Angers Michel Debré, puis le lendemain le général d’armée Juin, chef d’état-major général de la Défense Nationale et enfin son adjoint le général Sevez. Il plaide la cause des civils et demande la remise de l’attaque. En contrepartie il promet d’essayer d’obtenir une reddition des Allemands auprès du Generalleutnant Junck. Le général Sevez lui annonce finalement, après avoir consulté le général de Gaulle, que l’attaque est remise à plus tard, mais qu’elle sera inévitable si le sous-préfet n’obtient pas une reddition rapide des Allemands...

 

 

 

La reddition de la Festung et la Libération

 

Signature de la reddition le 8 mai 1945 à Cordemais

 

           L’Allemagne capitule sans conditions à Reims le lundi 7 mai 1945 à 2h41. Pourtant tout n’est pas aussitôt fini à Saint-Nazaire. En fin de matinée, ce 7 mai, un parlementaire américain se présente devant les lignes allemandes. Il demande à voir un représentant allemand pour lui transmettre une communication importante. Une trève est fixée des deux côtés de 13 à 15h.

 

Une première rencontre a donc lieu le 7 mai à 13h au café Loiseau, près du passage à niveau de Cordemais. Le Hauptmann Mueller et le Leutnant Bernstein déclarent à la stupéfaction des Alliés qui ont demandé l'entretien qu'aucun ordre de capitulation ne leur est encore parvenu. Le Major Charles M. Parr et le Colonel John W. Keating de l'état-major de la 66th Infantry Division avaient pourtant posé sur la table un dossier vert « Capitulation sans conditions ». Les Allemands déclarent qu’ils doivent en référer à Junck. Les Alliés leur laissent jusqu’au lendemain matin 10h pour apporter leur réponse. Ils demandent aussi qu’un cessez-le-feu soit observé jusque là. Le Hauptmann Mueller déclare qu’il doit aussi en référer à Junck et qu’il apportera sa réponse pour le cessez-le-feu total à 18h. La trève est prolongée jusqu’à cette heure dans ce secteur.

 

A 18h précises, les deux officiers allemands se présentent à nouveau. Les ordres de Junck sont : non pour le cessez-le-feu, réponse demain à 10h pour la capitulation. Une trève est donc de nouveau convenue pour le lendemain matin de 9h à 10h.

 

En fin d’après-midi, les cloches des villages situés à l’extérieur de la Poche sonnent pour annoncer la bonne nouvelle. C’est le canon qui leur répond !

 

Le Hauptmann Mueller se présente le lendemain matin 8 mai au café Loiseau. Alors que la discussion tourne autour de détails techniques les Alliés s’aperçoivent que le Hauptmann Mueller n'a pas l'autorité pour représenter le Generalleutnant Junck. En effet le chef d’état-major le Major Adalbert Engelken, qui l’a appelé le matin, lui a dit qu’il n’arriverait que pour midi ! Une fois de plus la signature de la reddition est remise à plus tard, à 13h l'après-midi. L’impatience est à son comble côté allié.

 

A 13h enfin les trois officiers allemands, dont le chef d’état-major, traversent les lignes. Cette quatrième rencontre sera la bonne. Ils sont amenés au lieu dit « les Sables » devant la maison de Francis Moisan où les attendent devant une table rapidemment construite trois officiers américains et un capitaine français. Les Alliés sont représentés côté américain par deux officiers de l'état-major de la 66th Infantry Division le Colonel Keating et le Major Parr, assistés par un interprète le Captain Hochstetter et côté français par le capitaineDelpèche de l’état-major de la 25e D.I. La reddition est enfin signée à 13h30, le cessez-le-feu entre en vigueur à 14h...

 

 

 

Que se passe-t-il entre le 8 et le 10 mai ?

 

           Les protocoles de la reddition signée le 8 mai précisent que les Allemands ont encore le 9 et le 10 mai 1945 pour déminer les accès à la Poche, ranger leur matériels à rendre intact et se parquer eux-mêmes dans des camps de prisonniers. Les Alliés ne devront rentrer que le 11 mai dans la Poche, après la cérémonie de la reddition ! La population attend sa libération, impatiente, et commence à fêter la victoire.

 

Au sud-Loire les maires des différentes communes sont réunis une dernière fois à Saint-Père-en-Retz le 8 mai à 15h. Le lieutenant Bouhard leur apprend la capitulation de la Poche. Les maires regagnent alors leurs communes respectives pour annoncer partout la bonne nouvelle. Dans La Sicaudais désert ce 8 mai l'abbé Olivaud sonne les cloches dès 15h30 pour annoncer la fin de la guerre. Un bruit de cloche vient de Chauvé. Pourtant le clocher a été détruit... c'est l'abbé Serot qui frappe la cloche à terre avec un marteau ! A Pornic comme à Paimboeuf les cloches sonnent à 18h et les drapeaux français fleurissent sur les maisons et les bâtiments officiels. Les soldats allemands qui se rendent, l’arme à la bretelle, au camp de prisonniers de La Chalopinière au nord de Pornic croisent la population qui chante La Marseillaise.

 

C’est la même chose dans les communes du nord de la Loire. Les clochent sonnent, les drapeaux ornent les balcons des batiments administratifs et des civils entonnent la Marseillaise. A Pontchâteau à 14h un énorme défilé est parti de la mairie, avec en tête la fanfare catholique, direction l’église où un Te Deum est chanté, suivi d’un Magnificat et du refrain Reine de France. La journée se termine par un feu de joie place de l’église. Les fêtes populaires vont continuer jusqu’à l’arrivée des Alliés le 11 pour reprendre de plus belle.

 

Au Croisic un jeune homme retire le drapeau allemand de la Kommandantur et le remplace par un drapeau français. Le lendemain 9 mai un drapeau allemand y flotte de nouveau ! Les empochés n’y comprennent plus rien...

 

 

 

Le soir du 10 mai, les soldats français de la 25e Division d’Infanterie et américains de la 66th Infantry Division se préparent à rentrer dans la Poche. Cela fait trois jours qu’ils piétinent en attendant l’ordre de leurs chefs. Au PC du 1er Hussard au sud-Loire le Kapitänleutnant Schroeder du I. Marine Grenadier Abt. Josephi est même détaché auprès du lieutenant-colonel Goetz pour faciliter l'entrée des troupes dans la Poche.

 

 

 

Le 11 mai, cérémonie à Bouvron et rentrée des troupes

 

           La cérémonie de la reddition est prévue à Bouvron pour 10h. C’est seulement à son issue que les troupes alliées doivent pénétrer dans la Poche. Pourtant, dès 7h du matin, plusieurs détachements précurseurs français franchissent l’ancienne ligne de front : le Détachement de Circulation Routière de la 25e Division d’Infanterie ouvre la route et place des plantons aux différents carrefours. Ces hommes sont chargés d’orienter les convois militaires qui suivront dans quelques heures. Un détachement de policiers, dirigé par le Commissaire principal Antonini, chef du service départemental des renseignements généraux, rentre à son tour. Les policiers ne veulent pas risquer de laisser passer des « collaborateurs ». A cette fin, des listes ont été dressées par les R.G. et le bureau de documentation de l’armée depuis l’empochage. Un troisième détachement formé de soldats du I/32e R.I. franchit les lignes à l’Ouest du Temple-de-Bretagne. Le groupe est conduit par le sergent lorrain Pierre Schwahn. Comme il parle couramment l’allemand, la veille le chef du I/32e R.I., le commandant Raoul Vialle et son chef de section le sous-lieutenant Laheurte, lui ont confié une liste d'unités allemandes installées dans la Poche. Il doit aller rencontrer ces unités pour s'assurer qu'elles observent bien les conditions de cessez-le-feu.

 

Quelques heures plus tard, un escadron d’honneur du 8e Cuir commandé par le capitaine Trastour, la musique et un détachement américain de la 66th Infantry Division, se mettent en place sur la prairie de l’hippodrome du Grand Clos à Bouvron. Les officiers alliés et les officiels discutent entre eux en attendant l’arrivée de la délégation allemande. Le Major-General Kramer est accompagné par son adjoint le Brigadier-General Forester, responsable du secteur de Saint-Nazaire, ainsi que par son chef d’état-major le Colonel Keating et plusieurs autres officiers. Le général Chomel est accompagné de membres de son état-major et de marins. A signaler les colonels Ghislain et Payen, le lieutenant-colonel Blanquefort, le chef d’escadrons de Beaumont commandant du 8e Cuir, les commandants Bois et Ginhans, les capitaines de Bellefond et Clavel. Côté marine française, le capitaine de vaisseau Le Gac, le capitaine de frégate de Courcy et le capitaine de corvette Leonnec. Les autorités civiles sont représentées par le préfet Vincent, Messieurs Briand et Lalan chefs de cabinet et Messieurs Pontal et Rolland, représentants du commissaire de la République d’Angers.

 

A 10h précises, trois voitures allemandes s’arrêtent sur la prairie. Le Generalleutnant Junck descend, suivi de son adjudant le Major Kerrl, de l’interprète le Leutnant Bernstein, de l’Oberst Deffner qui représente la Luftwaffe et du Kapitän-zur-See Mathies la Kriegsmarine.

 

Le Colonel Keating accompagné du colonel Payen viennent à leur rencontre. Les Allemands sont escortés vers la délégation alliée. Keating présente le Generalleutnant Junck au Major-General Kramer. Junck déclare « Conformément à la capitulation signée à Cordemais le 8 mai, je remets entre vos mains les forces armées allemandes qui étaient sous mes ordres à Saint-Nazaire. En symbole de cette reddition je vous remets mon arme personnelle. Elle n’est pas chargée et la sécurité est mise. » Kramer prend l’arme et répond « General Junck ! Au nom des forces alliées j’accepte votre reddition. Vous et vos hommes seront traités correctement en tant que prisonniers de guerre ». Les deux généraux se saluent.

 

Tandis que le groupe d’officiers allemands retourne vers ses voitures, la délégation alliée passe les troupes en revue au son de la musique militaire américaine. Kramer s’adresse à ses hommes « Je suis fier de mes Panthermen. Je vous salue ! ».

 

 

 

Prise du camp de Beauregard, de l’état-major du Generalmajor Huenten

 

           Un détachement du I/32e R.I. est rentré dans la Poche dès 9h le 11 mai. Sa mission est de s’assurer que les unités allemandes observent bien les conditions du cessez-le-feu. A sa tête le sergent lorrain Pierre Schwahn, alias Marchal, accompagné par le caporal Capron, ancien de la marine et par le sergent Hubert Moreau.

 

Ils traversent Saint-Nazaire en ruines et arrivent ensuite au camp de Beauregard. Ce camp a servi depuis le début de la guerre pour le cantonnement des troupes de la Kriegsmarine. Le détachement du 32e R.I. se déploie à l'entrée du camp, le sous-officier chef de poste remet alors son arme de service. Les armes du poste sont déculassées.

 

Pendant que le caporal Capron va s'assurer que toutes les armes légères sont rassemblées et hors d'état de servir, le sergent Marchal est reçu par le commandant des sous-mariniers dans la salle des cartes d'un baraquement de bois aménagé avec tout le confort. Le sergent Marchal qui s'attendait à trouver des hommes hâvres, amaigris, en guenilles, se trouve devant des sous-mariniers en grande tenue, toutes décorations dehors avec pour bon nombre d'entre eux autour du cou la croix de chevalier. Dans son treillis étriqué, le casque plat britannique sur la tête, il se demande si les rôles ne sont pas inversés. Mais non, c’est bien lui le vainqueur et eux les vaincus. A son grand soulagement les discussions se déroulent en français. Pendant les pourparlers, des serveurs en tenue blanche servent du champagne et le commandant des sous-mariniers porte un toast « A la fin de la guerre ! » en français. Un médecin sous-marinier débarqué avec le U-510 lui offre un paquet de cigarettes japonaises.

 

Le sergent Marchal cherche un endroit pour pouvoir cantonner les troupes du 32e R.I. qui doivent arriver. L'officier sous-marinier lui conseille d'aller dans l'autre partie du camp réservé à l'artillerie côtière. Les deux parties du camp de Beauregard sont séparées par un grillage de quatre mètres de hauteur...

 

L'explication est donnée au sergent Marchal sur la présence du grillage de quatre mètres de haut qui séparait dans le Camp de Beauregard les sous-mariniers des soldats de l'artillerie côtière. Il avait été mis en place pour éviter les batailles rangées qui avaient lieu régulièrement entre les deux parties. Les soldats de la marine côtière étant toujours soumis à une dure cadence de caserne et au règlement, ils étaient exaspérés par les privilèges donnés aux sous-mariniers qui n'avaient pas, au regard de leurs pertes énormes, de rigueur prussienne à respecter. Le badge de sous-marinier qu'ils portaient était en fait un passe-partout pour les cafés et cabarets de La Baule, ils avaient de plus une nourriture très convenable.

 

Les soldats français du 32e R.I. prennent leur cantonnement dans le Camp de Beauregard le lendemain, 12 mai 1945 à 3 heures du matin. Les cantonnements ont été rapidemment aménagés par les prisonniers allemands. Le sergent Marchal continue son travail d'interprête auprès du 32e R.I. dans une école à l'Immaculée-Conception près de Saint-Nazaire qui sert de PC.

 

 

 

Départ pour les camps de prisonniers

 

           En tout ce sont 28000 Allemands dont 2 amiraux et 2 généraux qui partent en camp de prisonniers pour une captivité qui va durer jusqu'en 1947-1948. Les prisonniers allemands vont effectuer, selon les conventions de la reddition, le déminage de la Poche. A chaque unité française sont confiés plusieurs prisonniers allemands qui s'occupent de l'entretien des véhicules, du nettoyage ou de la cuisine. Un millier d'ex-soldats allemands vont rester après 1948 dans le département pour s'y fixer. Ils ont souvent perdu leur famille et leur maison dans des bombardements, parfois c'est leur village qui se retrouve en zone occupée par les Soviétiques, souvent ils se marieront avec des françaises.

 

 

 

Le 14-Juillet aura lieu à La Baule un défilé inter-allié. Des gradins seront mis en place sur le remblai par le 91e Génie. Le soir un bal sera donné sur le remblai devant le Grand-Hôtel, il sera éclairé toute la nuit par des fusées éclairantes prises aux Allemands. Le 23 juillet 1945, le général de Gaulle en personne atterrira sur le terrain d'aviation d'Escoublac. Il passera en revue plusieurs troupes faisant partie de la 25e Division d'Infanterie, puis traversera les villes côtières pour se rendre à Saint-Nazaire où il prononcera un vibrant discours au milieu des ruines.